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 Eryn ▬ I will never give up the fight

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❈ MESSAGES :
68
❈ ARRIVEE :
16/12/2016
❈ AVATAR :
Sophie Lowe
❈ CREDITS :
tumblr
❈ AGE :
D'apparence, Eryn a vingt-cinq ans. En réalité, elle approche des soixante-dix
❈ ALLEGEANCE :
A Narnia, en théorie. Dans les faits, elle est fidèle à son peuple, et surtout à sa famille
❈ LOCALISATION :
Narnia
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fée
MessageSujet: Eryn ▬ I will never give up the fight   Ven 16 Déc - 12:45

Eryn Eiliniel
Tout ce que nous ayons à décider, est quoi faire du temps qui nous est imparti.
❈❈❈
YOU

nom complet ❈ Il n'y a rien de plus révélateur qu'un nom. Il dévoile nos racines, notre éducation. Et la manière dont on le porte témoigne aussi de ce que nous sommes devenus. La fierté d'appartenir à une famille ou la honte d'être associée à une fratrie. C'est bien sûr la fierté qui l'emporte dans le cas d'Eryn. Eiliniel, un nom de fée, indice d'une famille modeste. Ni riche, ni pauvre. Mais unie. Les Eiliniel ont une réputation de gens fidèles et loyaux, et Eryn ne fait pas entorse à la règle. Sa famille est son unique combat, et ce nom est attaché à son esprit et inscrit dans son sang. Quant à son prénom... Eryn. La brise du printemps chez le peuple des fées. La jeune femme porte bien son nom. Indépendante, vivace, fugace. Insaisissable.  lieu de naissance  ❈ Eryn est née au creux de la forêt narnienne, dans le village de fée où elle a grandi. Un endroit où la magie faisait partie du quotidien, où la joie et la bonne humeur remplissaient les coeurs. Ou la guerre n'avait pas encore étendu son funeste bras.  âge  ❈ Cinquante-cinq années se sont écoulées depuis sa naissance. Une enfance brisée, une adolescence enlevée, et une jeunesse placée sous le signe de la guerre et du sang. Personne ne devrait à avoir à vivre de pareils drames pendant tant d'années. Aux yeux des humains, Eryn a l'apparence d'une jeune femme de vingt-cinq ans. C'est d'ailleurs l'âge qu'elle a choisi, peut-être pour se laisser la chance de vivre une nouvelle jeunesse.contrée actuelle ❈ Narnia. Elle est retournée dans sa contrée d'origine, pour prendre place dans le campement des résistants. Cependant, elle voyage énormément, et disparaît des jours entiers. Elle ne sera jamais chez elle dans une contrée tant qu'elle n'aura pas retrouvé sa mère.allégeance ❈ Officiellement, Eryn est fidèle à Aslan et aux Pevensie. Elle soutient le respect de la magie et des créatures de ce monde. Officieusement, la jeune femme ne porte allégeance qu'à son peuple et à sa famille, qu'elle veut protéger et venger, habitée par l'envie de recoller les pots cassés et réparer ses erreurs. fonction/métier ❈ Eryn n'a pas vraiment de fonction précise. Au campement, elle endosse surtout le rôle de guérisseuse, mais elle aime bien également conter les histoires et les légendes de l'ancien temps, le soir, autour du feu, lorsque sa colère et sa souffrance ne la conduisent pas à s'isoler. Autrement, elle fait également partie des combattants, comme la majorité des résistants.  race❈ pUne fée. Eryn est très fière de son peuple qu'elle défend ardemment. En tant que fée, elle est assez méfiante envers les inconnus et accordent une grande importance et un profond respect à la nature et à la magie. Elle possède également de réels talents de guérison, héritage de ses ancêtres. Quant à ses ailes, elle ne parvient plus à les contrôler depuis l'arrivée de Jadis : autant car cette magie l'affaiblit, que parce que les ténèbres qui noircissent son coeur l'empêche de réaliser quoi que ce soit. groupe ❈ léra.
MIND

Eryn est une jeune femme d'une grande détermination et d'une force de caractère puissante et parfois dangereuse. Elle n'aime pas renoncer lorsque quelque chose lui est cher, et se montre parfois égoïste pour obtenir ce qu'elle désire, même si cela ne lui profite pas forcément à elle directement. Loyale envers les siens, elle est également devenue quelqu'un de froid et de taciturne, qui masque sans cesse ses sentiments. Elle ne s'encombre pas de scrupules, surtout lorsqu'il s'agit de rendre justice. Elle est d'ailleurs parfois trop impétueuse et colérique.
Concernant ses habitudes, Eryn éprouve souvent le besoin de se retrouver seule, et au calme, autant pour arpenter son esprit que pour éviter d'imploser. Elle se pose sur un arbre et contemple l'horizon ou bien se plonge dans un livre relatant les légendes d'autrefois. Souvent, elle pense à Irwen. Il habite encore chacune de ses pensées. Elle essaie alors de canaliser sa tristesse en s'occupant du mieux qu'elle peut. Finalement, la solidité de la jeune femme n'est qu'une carapace qui dissimule la fragilité émotionnelle d'une âme brisée par les épreuves de la vie et les nombreuses pertes.
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- citation citation citation -

PSEUDO/PRÉNOM ❈ Schizophrène chronique PAYS ❈ J'habite à Lyon (je sais, c'est pas un pays Arrow ) et Aslan est un lion, je crois que c'est un signe TU AS DÉCOUVERT NNB SUR ❈ Tes fesses  TAUX DE PRÉSENCE  ❈ Toujours l). Je t'observe. Quand tu RP, quand tu flood, et même quand tu prends ta douche. Je suis toujours là  TON AVIS SUR NNB ❈ Je trouve qu'il y a un peu trop de discrimination contre Jason, ce héros QUI SUIS-JE ❈ () je suis la création d'une adorable personne (x) je suis le fruit de mon imagination () je suis un prédéfini C'EST LE MOMENT DE SE LACHER ❈ Team Officielle des supporteurs de feu Tumnus

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MessageSujet: Re: Eryn ▬ I will never give up the fight   Ven 16 Déc - 12:46

A shadow in the dusk
Il est des choses que le temps ne peut cicatriser. Des blessures si profondes qu'elles se sont emparées de vous.
Au delà, des montagnes embrumées.

Assise sur sa branche, la jeune enfant regardait le soleil qui déclinait doucement derrière les montagnes qui s'étendaient au loin. Devant elle, l'immense forêt lui tendait les bras, accueillante et terrifiante à la fois. C'était là son territoire. Son chez-elle. Elle avait grandi dans les arbres des bois narniens, comme toute bonne fée qui se respectait. Les Eiliniel n'étaient pas des gens riches, ni pauvres pour autant. Ils travaillaient au service de la reine fée de leur contrée, une femme juste, mais peut-être un peu trop laxiste et utopiste. Oui, c'était ce que Feanor, le patriarche des Eiliniel affirmait. Il semblait incessamment inquiet et répétait à Melian, son épouse, que le peuple fée devait se montrer plus prudent. La tyrannie de Miraz était à leur porte et il suffisait de baisser la garde un instant pour que ce terrible souverain ne s'empare de leurs terres et ne réduise en cendre leur peuple. Mais la majorité des fées ne se souciaient guère de toutes ces histoires lointaines. Elles les trouvaient mornes et tristes et préféraient vaquer à leurs occupations quotidiennes. Il fallait reconnaître que jusqu'alors les fées n'avaient pas eu à subir les incessantes attaques et l'oppressante répression des telmarins. Le peuple vivait à l'abri, perché dans ses branches, au creux de ces villages aux allures enchanteresses. Pourtant, le mal tonnait non loin d'eux, ne cessait de le crier Feanor, en vain. Qui écoutait les avertissements d'un simple barde ?
Aux yeux de la jeune enfant, tout ça n'avait pas vraiment de sens. Elle ne comprenait pas ce qui se passait dans les différentes contrées, son horizon se limitait à la forêt et à la rivière. Pour elle, le monde était beau, magique, harmonieux, et lui paraissait comme inconcevable que quelqu'un puisse vouloir briser cet équilibre. La petite fille était alors une boule d'optimiste et de joie. Elle percevait le soucis de son père, mais pour elle, cela devait sans doute être une caractéristique de grande personne, un peu comme une maladie que l'on finissait tous par attraper à un moment ou un autre. Aussi, profitait-elle tant qu'elle le pouvait de cette enfance. Comme si, finalement, elle avait en elle l'intuition que son enfance lui serait trop vite enlevée.
Le soleil continuait de disparaître doucement et l'enfant se décida à rentrer dans l'arbre creux qui servait de citadelle, non sans un certain pincement au cœur. Elle aimait les montagnes d'Archenland, inaccessibles mais pourtant si proches. Elle se promettait chaque jour qu'elle finirait par s'y rendre et qu'elle découvrirait la culture des archenlandais. Ses parents lui avait appris à se méfier des humains, néanmoins, la fillette éprouvait une certaine fascination pour cette espèce si particulière. Et puis, les rois et reines n'étaient-ils pas des êtres humains ? Cela lui semblait extrêmement rétrograde de penser, encore aujourd'hui, que tous les humains étaient des monstres assoiffés de sang. Les telmarins n'étaient qu'un mauvais exemple.
En quelques battement d'ailes, elle parvint jusqu'à l'enceinte de la citadelle, mais alors qu'elle s'apprêtait à y pénétrer, une silhouette attira son attention. Assis à coté d'un petit oiseau, l'ombre semblait s'affairait autour de l'animal. L'enfant ne mit pas beaucoup à reconnaître son grand-frère. Irwen. Immédiatement, elle bifurqua dans sa trajectoire et vint se poser à coté du garçon, qui sourit en voyant le visage angélique de sa sœur. « Eryn ! Regarde ce que j'ai trouvé. Ce pauvre oiseau est blessé. J'ai badigeonné sa plaie d'une purée de sureau, cela devrait le soulager le temps que je lui prépare de l'élixir de narcissia delia. Il est tellement beau. Tellement pacifique. » Une expression de pure bonté, accompagné d'un air un peu naïf collaient au visage du garçon. Irwen était de l'aîné de la famille. C'était aussi le plus bienveillant et le plus candide de la fratrie. Il tentait toujours de voir le bien en chaque chose, mais, accablé par les effusions de sang dont étaient responsables les telmarins, il s'était réfugié dans la compagnie des animaux. Il passait ses journées entières à l'écart des autres fées de son âge et parcourait les bois pour se rendre utile auprès des créatures et des animaux en mauvaise posture. Beaucoup le trouvaient bizarre, mais Eryn aimait son frère plus que tout au monde. Elle l'admirait. C'était de lui qu'elle était le plus proche. Bien sûr, elle aimait également beaucoup sa grande sœur, Nienna, qui était d'une beauté sans égale, et son petit frère, Beren, mais sa complicité avec Irwen dépassait le simple cadre de frère et sœur. Il était un peu son meilleur ami, même s'il vivait dans son monde et disparaissait parfois des jours entiers.
Eryn fouilla dans ses poches et sortit un fiole de narcissia delia qu'elle tendit à son frère. « Tiens. Si tu as besoin d'aide, tu peux faire appel à moi. Je me souviens un peu de ce que tu m'as expliqué la dernière fois, pour éviter les infections : toujours se frotter les mains avec des baies d'if ! » Irwen esquissa un nouveau sourire, s'emparant de la fiole pleine, qu'il commença déjà à tartiner sur la blessure de l'oiseau qui, bizarrement, ne bougeait pas et semblait apprécier les soins qu'il recevait. « C'est bien Eryn. C'est très bien. » Irwen n'était pas très éloquent, mais ses gestes et ses expressions parlaient pour lui. Pour qui le connaissait un peu, on savait immédiatement lorsqu'il était triste, heureux, inquiet ou en colère – ce qui n'arrivait guère souvent. Tout le contraire d'Eryn à vrai dire. La fillette, malgré son jeune âge, ne laissait jamais filtrer ses émotions. Elle aimait sa solitude et se plaisait à discuter avec son propre esprit. D'une certaine manière, comme Irwen, elle vivait aussi dans son monde. Pour autant, elle aimait être au contact des autres. Elle n'appréciait simplement qu'ils puissent lire en elle. Eryn, d'une grande maturité, se protégeait des autres, qui, trop différents d'elle, ne pouvaient de toute manière pas comprendre ses sentiments. « Tu as bientôt fini de le soigner ? Il se fait tard, maman doit s'inquiéter. » Irwen leva les yeux vers l'horizon, un peu perdu en voyant la lumière solaire s'effaçait doucement. Il émit un petit rire. « Il est tard ? Je n'ai pas vu l'heure passer. » Le jeune garçon s'activa pour finir de prodiguer ses soins, puis le frère et la sœur se mirent en route.
En pénétrant dans leur maison, ils furent frappés par le silence. En règle générale, la maison des Eiliniel était assez bruyante. Beren, qui n'avait que quatre ans pleurait encore régulièrement, quant à Nienna, elle passait son temps à chanter pour être la meilleure le jour Florentis, la fête la plus importante pour le peuple fée. Pourtant, ce jour-là, un silence de mort régnait dans toute la maison. « Maman, ils sont rentrés ? » La voix de Nienna se fit entendre en même temps qu'apparut son visage pâle et enchanteur. « Bande d'inconscients ! Où étiez-vous ? » Melian déboula dans la pièce, telle une furie, bondissant sur ses enfants que, paradoxalement, elle étreignit avec vigueur. « Maman, je…. bredouilla Eryn embarrassée. Je suis désolée, nous soignions un oiseau. » La mère de famille arqua un sourcil. « Un oiseau ? Un oiseau… Déclara-t-elle avant de serrer à nouveau Irwen et Eryn. Mes enfants, j'ai eu si peur. Si peur… J'ai cru qu'à vous aussi il était arrivé... » Elle échangea un regard à Nienna qui éclatant en sanglot, préférant alors quitter la pièce en apportant avec elle Beren, qui lui aussi affichait une mine triste. Eryn fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas. Elle le sentait. Elle percevait un petit quelque chose dans l'atmosphère de dérangeant. Elle attrapa la main de sa mère. « Maman, que se passe-t-il ? » Melian ouvrit la bouche comme pour répondre, mais se ravisa et fondit en larmes à son tour. Une expression de pure détresse habitait le visage d'ordinaire jovial de cette femme. Jamais Eryn n'avait vu sa mère dans un tel état. Jamais, d'ailleurs, elle n'avait vu dans un regard autant de douleur et de souffrance. « Maman… Où est papa ? » L'absence de réponse de la mère de famille lui glaça le sang. Et elle comprit. Un instant, elle crut se tromper, du moins, l'espérait-elle. Elle secoua la tête, en signe de déni, et se précipita dans la pièce d'où était arrivée Melian. « Papa ! Papa ! » Sa voix ressemblait plus à un cri de détresse qu'à un véritable appel. Son regard se baladait, cherchant en vain un élément rassurant, la barbe de son père, ou la fumée qui émanait de sa longue pipe. Rien. « PAPA?! Papa réponds-moi ! »  Le silence devenait oppressant et douloureux. Il ressemblait à une main de fer qui serrait et compressait le cœur de la jeune enfant. Eryn entendit un bruit et se tourna précipitamment, espérant découvrir la silhouette de Feanor. Un sourire de soulagement s'affichait déjà sur son visage, mais celui-ci s'effaça lorsqu'elle vit sa mère qui s'approchait doucement d'elle comme elle se serait approché d'une créature sauvage. « Eryn, ma chérie… » La voix de Melian était hésitante et tremblante. « Maman, s'il te plaît… S'il te plaît, dis moi que je me trompe... » Cette fois-ci, ce fut la mère qui vint saisir les mains de sa fille, qu'elle enveloppa des siennes. Elle prit une profonde inspiration. La douleur était vive, la plaie saignait, elle était au bord de l'hémorragie, mais elle ne pouvait se lancer allé à la souffrance. Ses enfants comptaient sur elle. Elle devait se montrer courageuse. « Ma douce Eryn… Ton père… Ton père s'est endormi pour rejoindre nos ancêtres. Il est parti… Il est parti pour le pays d'Aslan. » Une vague de chaleur traversa le ventre de la jeune enfant, et sans qu'elle s'en rende véritablement compte, ses yeux versèrent leurs premières larmes. C'était un peu comme si son corps réagissait avant même que son cerveau n'eut le temps d'enregistrer l'information. « Non… Non, ce n'est pas possible… Pas papa. Non, non pas lui… » C'était injuste. Pourquoi lui avait-on enlevé ce père qu'elle aimait temps ? Elle était trop jeune pour vivre l'expérience de la mort. Même de celle de l'un de ses proches. Elle refusait d'assimiler cette idée. Elle secoua la tête, tandis que sa mère la prit dans ses bras, lui caressant la tête en un geste qui se voulait rassurant. Eryn s'abandonna sur l'épaule de Melian. Elle laissa ses larmes couler pendant quelques minutes qui lui parurent des heures, puis retrouvant un semblant de lucidité, planta ses pupilles dans celle de sa mère. « Que s'est-il passé ? Comment est-il… Mort ? » Prononcer ce mot lui donnait une profonde nausée. Elle ne savait pas si elle voulait vraiment savoir, mais une part d'elle désirait ardemment comprendre ce qui avait bien pu se produire. La mère de famille se mordit la lèvre. Devait-elle se montrer honnête avec sa fille, si jeune ? Elle savait que si elle lui disait la vérité, cela lui ôterait une part de son innocence. Mais Melian refusait de mentir aux siens. Même pour les protéger. On lui avait tant menti à elle, par le passé… Elle prit une longue inspiration, scrutant sa fille. « Ton père était parti avec Elendil et Durin pour ramasser des branches d'osier pour la fabrication des paniers du jour Florentis. Mais un groupe de telmarins leur ai tombé dessus. Ils ont essayé de les capturer, ils en avaient après leurs ailes. Ton père s'est certainement battu bravement. Mais il n'a pas survécu à l'affrontement. » Eryn fronça les sourcils. Des telmarins… Des telmarins étaient responsables de la mort de son père. Des telmarins avaient répandu le malheur de le cœur des siens. Des telmarins avaient brisé l'harmonie du peuple fée. Des telmarins… Le mot clignotait dans son esprit, tandis que sa respiration s'accélérait. Elle serra les points. Tout son corps se raidit en même temps que certains de ses membres commençaient à trembler. « Des telmarins, murmura-t-elle. Ils l'ont… assassiné... » Melian voulut s'approcher de sa fille mais se ravisa lorsqu'elle aperçut le regard noir de celle-ci. Eryn était entrée dans une colère presque hystérique. La mère de famille savait qu'il fallait à tout prix la calmer pour éviter qu'il n'arrive un nouveau malheur. « Eryn. Ma belle Eryn. Mon esprit est aussi habité par la rage que le tien, mais nous devons chasser la colère et honorer ton père. La haine ne mène à rien. Seulement à plus de morts encore. Nous ne devons pas détester les telmarins et les humains. D'autres le feront à notre place. Nous devons avoir pitié d'eux. Ils ne sont plus capables de penser par eux-même ou d'être guidés par d'autres sentiments que la cupidité et la soif de pouvoir. Nous devons rester unis et fort. L'amour nous sauvera de notre chagrin. » Eryn lança un regard à sa mère. Elle ne savait plus vraiment quoi penser, elle était d'ailleurs sans doute trop jeune pour penser à quoi que ce soit. Seule la tristesse remplissait son cœur. La colère ne durait jamais longtemps, pensait-elle alors. La souffrance en revanche… Lorsqu'un cœur est déchiré, personne ne peut véritablement le réparer. « Viens, allons rejoindre ton frère. » Irwen. La fillette eut soudain une peine d'autant plus terrible. Elle ne supporterait pas de voir la tristesse dans les yeux d'Irwen. Pas dans ce regard qui, toujours, lui réchauffait le cœur. Mère et fille retournèrent dans l'entrée. Irwen se tenait là, une mine désolée. « Il est arrivé malheur à papa ? Demanda-t-il avec une candeur affreusement douloureuse. » Son visage était peint d'incompréhension. Irwen n'était pas doué pour les relations sociales, mais ce jour-là, étrangement, il tendit malgré tout une main en direction de sa sœur, comme pour à la fois lui demander de l'aide et lui en proposer. « Eryn... » La voix du garçon ressemblait à un long souffle. Eryn s'avança et saisit cette main, avant de se jeter au cou de son grand-frère. « Je suis là, chuchota-t-elle ».

Non loin des sombres cavernes du passé.

Les grains du papier glissaient sous les doigts fins et pâles de la jeune fille. Cette sensation si particulière appartenaient aux choses qu'elle aimait plus que tout. Comme la brise dans ses cheveux. Les rayons du soleil contre sa peau. L'odeur de l'herbe humide. La lumière de l'aube. Le regard de son frère aîné. Des années s'étaient écoulées depuis le décès de son père et Eryn était devenue une très jolie adolescente. Discrète et désinvolte, à l'opposé de sa sœur aînée, elle adorait passer des heures entières dans les bois, à partir à l'aventure, ou simplement à s'asseoir sur une branche pour lire les légendes des temps anciens. Elle aimait ces histoires qui remplissaient sa tête d'images merveilleuses et la transportaient dans un monde de magie qu'elle pensait avoir perdu. Le monde était de plus en plus sombre et si Eryn, écoutant les conseils de sa mère, avait fini par faire le deuil de son père, elle n'en oubliait pas moins à quel point la vie pouvait être cruelle et l'équilibre harmonieux de la nature, fragile. Elle ne parvenait pas à se comporter comme les autres fées de son âge. Elle ne s'intéressait pas aux ornements vestimentaires, aux parfums et au chant, et préférait s'entraîner à manier l'épée avec son frère cadet, Beren, qui, jeune garçon vaillant et solide, était déjà un très bon combattant pour son âge. Eryn ignorait si son manque d'intérêt pour ce genre de distractions étaient lié à son caractère plutôt bien affirmé ou s'il découlait de la mort de Feanor qui l'avaient rendu… Différente. Pas nécessairement triste et en colère, mais plutôt plus pragmatique et surtout, beaucoup plus protectrice envers les siens. Les Eiliniel avaient vécu une terrible épreuve qui d'une certaine manière les avaient tous transformés. Melian était plus effacée, souvent triste. Nienna au contraire avait noyé sa peine dans une sociabilité poussée à son paroxysme. Elle n'était guère souvent à la maison, sans doute car trop de souvenirs y étaient attachés. Le décès de Feanor avait également entièrement conditionné le caractère de Beren, qui était très jeune lors de ce triste épisode. Personne ne pouvait réellement savoir si le jeune garçon aurait été différent si le père n'avait jamais perdu la vie, néanmoins, ce traumatisme d'enfance transparaissait dans sa personnalité. Beren était assez froid de prime abord, mais paradoxalement, il détestait la solitude. Il se montrait souvent entêté et autoritaire dans ses décisions – ce qui semblait surprenant pour son âge – et était profondément terre à terre. Il n'avait cure des légendes d'Eryn, il percevait la vie sur un temps beaucoup plus court, celui de la guerre, du danger et de tout ce que cela impliquait, à commencer par le maniement de l'épée mais aussi l'importance de profiter de chaque jour qu'Aslan nous laissait vivre. Quant à Irwen… Et bien les choses s'avéraient beaucoup plus compliquées. Irwen s'était réfugié dans un mutisme imperturbable depuis l'horrible tragédie. Il n'avait prononcé que quelques mots, avant de se taire à jamais. Il passait des heures entières, seuls, dans ses bois, préférant la compagnie des animaux. A vrai dire, il tentait tant bien que mal d'échapper aux ténèbres qui semblaient l'entourer. Il se sentait mal, et ce mal-être ne faisait que croître lorsqu'il était en société, aussi s'isolait-il pour respirer un peu. Il n'avait jamais été à l'aise avec les relations sociales, mais à présent, être soumis aux regards des autres lui était impossible. Irwen n'avait jamais réussi à masquer ses sentiments, il était trop naïf pour cela, mais suffisamment intelligent pour comprendre que son unique barrière était sa solitude. Eryn vivait très mal cette séparation déchirante. Elle ne supportait pas de voir son frère ainsi, et elle encaissait difficilement l'absence quasi permanente de cette personne qu'elle aimait plus que sa propre vie. Bien sûr, elle n'était pas la plus à plaindre. S'il y avait bien une personne avec qui Irwen échangeait encore quelques mots, c'était bien avec la jeune fille. Seulement, leur complicité n'était qu'un pâle souvenir d'enfance, comme la brise entre les bois, comme la lumière de l'aube miroitant sur la rosée. Elle était morte, enterrée avec les moments de joie. Enterrée avec la dépouille de Feanor.
Eryn ferma son livre en un claquement. Elle n'aimait pas se perdre dans ce genre de pensées qui revenaient à planter une lame chaude dans une plaie qui cicatrisait à peine. Elle rangea l'ouvrage dans sa besace et s'envola de sa branche pour rejoindre la clairière. Beren l'y attendait pour leur entraînement quotidien. D'une certaine manière, ces cours d'armes étaient pour Eryn un bon moyen d'extérioriser sa colère. Elle se vidait l'esprit, chassant à chaque coup de lame les ondes néfastes qui parasitaient son corps. Et puis, cela lui permettait également de passer du temps avec Beren. Comme pour palier au manque laissé par le mutisme d'Irwen, Eryn s'était énormément rapprochée de Beren. D'abord, bien sûr, elle avait à charge de le protéger et de l'éduquer. Ensuite, elle éprouvait le besoin de sentir une présence et un soutien auprès d'elle. Et paradoxalement, si Beren était le plus jeune de la fratrie, il s'était rapidement imposé comme le meneur de la famille, comme la figure masculine protectrice qui remplaçait celle de Feanor. Un repère dont les Eiliniel avait besoin, mais un caractère parfois bien trempé.
Elle jeta un coup d'oeil au soleil, constatant qu'elle était en retard. Beren détestait qu'on le fasse attendre. Il répétait sans cesse que la rigueur était une valeur fondamentale pour qui voulait prétendre à devenir quelqu'un un jour. Eryn pesta contre elle-même. Elle avait le don de se mettre en retard au dernier moment. A dire vrai, elle était tellement habituée à être déliée de toute contrainte, que finalement, elle laissait glisser le temps comme un simple ruban de soie autour d'une taille. Elle battit plus vite des ailes, serpentant entre les arbres comme une brise légère, et parvint enfin au point de rendez-vous. Elle s'apprêtait à sortir la plus nulle des excuses, mais fut surprise de trouver son frère en compagnie. Elle reconnut immédiatement le grossier personnage qui se cachait derrière cette silhouette. Elros, un jeune fée qui était plus connu pour ses méfaits que pour toute autre chose. Eryn se demandait ce que son frère pouvait bien avoir à faire avec cette espèce de brute épaisse. Elle n'aimait pas le savoir parmi ses fréquentations. Entendant la jeune fille arriver, les deux garçons levèrent les yeux, échangèrent quelques mots et Elros disparut en quelques battements d'elle. Beren s'avança vers sa sœur. « Tu es en retard. » « Qu'est-ce que tu fichais avec cette brute d'Elros, répliqua-t-elle du tac au tac. » Le garçon arqua un sourcil puis pouffa. Cela le faisait toujours rire quand Eryn se prenait pour sa mère. Il savait qu'elle n'appréciait pas Elros, mais après tout, il pouvait bien traîner avec qui il souhaitait. Ce n'était pas sa faute si elle, n'avait pas de réel ami. « C'est un malfrat, je ne veux pas que tu restes avec lui ! » Eryn avait pris un ton autoritaire. Elle croisa les bras sur sa poitrine, son visage affichait une mine sévère. « Il passe son temps à se battre. Et pas pour les bonnes raisons ! C'est un voleur, et en plus, il est tout le temps en train de tourner autour des filles comme une abeille autour d'un pot de miel. » Beren dévisagea sa sœur, amusé. Il connaissait la véritable raison qui poussait Eryn à dénigrer le pauvre Elros. Qui la poussait d'ailleurs à mépriser la moitié du village et à n'adresser la parole qu'à une poignée de fée. « Ce ne serait pas plutôt parce qu'il se moque d'Irwen que tu ne l'aimes pas ? » « Bien sûr que si, c'est aussi à cause de ça. Et d'ailleurs, toi non plus tu ne devrais pas lui parler. Vous me faites bien rire, toi et Nienna. Vous passez votre temps avec ces imbéciles qui se moquent d'Irwen car il est différent. C'est votre frère, vous devriez le défendre ! » Eryn s'était un peu emporté. Ses joues étaient rosie, ses sourcils froncés. Dès qu'il s'agissait de son grand-frère, la jeune fille ne répondait plus d'elle. Elle scruta un instant Beren. Sa chevelure étonnement blonde luisait sous les vifs rayons de soleil. La lumière rendait ses yeux bleus presque translucides. Beren était un adolescent vigoureux pour son âge, et à n'en pas douter ce serait un très bel homme. Il s'avança vers sa sœur et son tour croisa ses bras sur sa poitrine. « Il le cherche un peu, tu ne crois pas ? C'est lui qui décide de s'isoler après tout ! Il ne parle à personne, pas même à sa famille, et il disparaît on ne sait où. Comment veux-tu que cela ne fasse pas parler les gens. Notre arbre n'est pas très grand Eryn, les gens parlent. » Eryn écarquilla les yeux. Elle n'en revenait pas de ce qu'elle venait d'entendre. Elle s'apprêtait à répliquer, pleine de colère, quand son regard croisa celui de Beren. Elle comprit. « Tu lui en veux n'est-ce pas ? » Beren ouvrit la bouche et la referma immédiatement, baissant la tête et se massant la nuque, embarrassé. Il n'aimait pas parler de ce qu'il ressentait. Il leva les yeux, cherchant le regard de sa sœur. « J'aurais voulu avoir un grand frère. Qui soit là pour m'apprendre des choses, avec qui faire les quatre cents coups. J'aurais voulu avoir une présence masculine, après la mort de papa. C'est à peine si je me souviens de lui… J'aurais voulu un frère pour m'en parler. Vous le faites, Nienna et toi, mais ce n'est pas pareil. Un frère, c'était ce que je voulais plus que tout. Mais je n'ai pas eu tout ça. Et ce qui fait le plus mal, c'est que je devrais l'avoir. » Eryn se mordit la lèvre inférieure. Elle comprenait maintenant pourquoi Beren se montrait parfois aussi dur avec Irwen. Il souffrait, il souffrait de cette absence et avait nourri de véritables rancoeurs, agrémentées par une tristesse croissante et un sentiment d'abandon. « Beren... » Elle s'approcha de son frère et lui prit la main. Celui-ci se laissa faire, glissant ses doigts dans ceux de sa sœur. Elle poursuivit. « Je comprends ta colère et ton désarroi, mais tu sais, la mort de papa a été très douloureuse pour lui. » Beren secoua la tête. « Elle a été difficile pour tout le monde. Regarde maman. Regarde Nienna, elle s'est complètement voilée la face. Tout le monde dans la famille a souffert. Mais ce n'est pas une raison pour être aussi froid et distant. » « Tout le monde ne réagit pas de la même manière Beren. » Le garçon lui lâcha la main, agacé. Il fit claquer sa langue contre son palet. « C'est facile pour toi de dire ça, tu es la seule personne à qui il parle encore. » Certes, il n'avait pas tord, seulement… Plus rien n'était comme avant. Irwen et Eryn passait encore des moments ensembles, mais ces instants se faisaient plus rares, et surtout, ils témoignaient de ce fossé qui se créait au fil des jours entre le frère et la sœur. Un fossé dont ni l'un ni l'autre ne comprenait l'origine. Peut-être la mort de Feanor les avaient trop changé. Peut-être vivaient-ils le deuil si différemment qu'ils ne parvenaient à s'épauler comme ils l'auraient dû. Eryn ignorait la raison de ce perte de complicité, mais cela lui faisait un mal de chien. Elle aimait Irwen, et il lui manquait terriblement. « Oui, il me parle encore. Mais les choses ont énormément changé entre lui et moi. Même si cela ne se voit pas en apparence. » Elle échangea un regard avec Beren et ce dernier parut subitement désolé. Eryn cachait parfaitement ses sentiments, cela étant, il lui arrivait d'abaisser le masque, de plus en plus lorsqu'elle était avec Beren. Leur relation, parfois conflictuelle certes, étaient entièrement bâtie sur la confiance et la franchise. Sans doute car autour d'eux persistaient trop de non-dits. « Je suis désolé Eryn. » Il l'attrapa par le poignet et vint la plaquer contre son torse pour l'étreindre avec force. Beren était robuste pour son âge, et Eryn ne put s'empêcher de penser que finalement, cela faisait du bien de se retrouver dans des bras protecteurs. Elle qui, indépendante, avait toujours refusé qu'on la protège (elle préférait protéger les autres), se laissa alors aller dans les bras de Beren, ne retenant plus ses larmes. La jeune fée n'avait plus pleuré depuis la mort de Feanor, et elle eut l'impression de se libérer d'un poids. Elle entendit quelques minutes, puis s'écarta de son frère, essuyant d'un revers de manche les dernières larmes qui glissaient contre sa joue. Elle déglutit et tenta d'afficher un sourire. « Bon, nous devrions commencer l'entraînement, nous sommes plus qu'en retard cette fois-ci. » Beren sourit à cette petite pique, et sortit une épée qu'il tendit à Eryn. Il dégaina ensuite la sienne. « Allons-y ! Mais ne devrons pas rentrer tard, je dois me coucher tôt, j'ai à faire demain. » La jeune fille prit en main son épée, évaluant son poids et sa maniabilité et interrogea. « A faire ? » Beren parut embêté et bredouilla quelques mots en guise de réponse. « Oui… Je… Je dois aller au marché du royaume voisin. » « Beren, tu mens, je sais quand tu mens, ton coin de lèvre droit se lève à chaque fois. » Le jeune fée resta interdit et pouffa. « Quoi ? Mon coin de lèvre se lève ? Mais qu'est-ce que c'est que cette connerie ? » Eryn éclata de rire, un peu comme si son cœur avait relâché toute la tension nerveuse et que ces émotions étaient démultipliées. « Je t'assure. C'est un tic nerveux ! Mais ne change pas de sujet ! Dis moi où tu comptes aller demain. » Beren secoua la tête de droite à gauche, hésitant. Il savait que s'il disait la vérité à sa sœur, elle n'allait pas être contente. Mais finalement, devant la mine renfrogné d'Eryn qui n'en démordait pas, il se résigna. « On va chasser du telmarin. » « Chasser du… telmarin ? » Beren agita la tête en signe d'approbation. « Elros est venu me dire qu'un campement de soldats de Miraz s'est installée dans le bois, non loin d'ici. Ils doivent être en train de traquer les autres narniens. Ils ne sont pas nombreux, mais on a prévu de les attaquer demain à l'aube. » La jolie fée ouvrit des yeux grands comme des soucoupes. « Attaquer ? Mais ça ne va pas ! Vous êtes complètement fous ! A deux contre l'armée de Telmar… Autant prendre ton épée et te décapiter sur le champ. Et puis, cela n'a pas de sens, ils ne nous ont rien fait. » Ce fut au tour de Beren d'écarquiller les yeux. « Rien fait ? Je te rappelle que ce sont eux qui ont tué papa ! » Bien sûr, ça elle le savait. Elle leur en avait longtemps voulu, et elle leur en voulait très certainement encore. Mais finalement, elle avait écouté les conseils de sa mère. Ce n'était pas la faute des telmarins, c'était la faute de la guerre, et de l'incapacité des hommes à s'entendre. De leur besoin de tout dominer. Certes, le déséquilibre venait des telmarins, mais somme toute, ils étaient plus à plaindre qu'autre chose. A cette époque-là, Eryn n'avait pas encore la haine de l'être humain... « Je le sais. Mais ce ne sont pas eux à qui il faut s'en prendre, c'est à Miraz. Eux ne font qu'obéir aux ordres comme de vulgaires pantins. » Beren ne croyait pas ses oreilles. Jusque-là, il avait été persuadé que sa sœur haïssaient les telmarins autant que lui. Après tout, ils étaient la cause de tout leur malheur. « Je pensais que comme moi, tu voulais une vengeance. » Elle hésita. « Je l'ai voulu, au début. Mais je n'étais qu'une enfant. On ne peut pas réclamer vengeance pour les morts qui découlent de la guerre, sinon, c'est un cercle vicieux. Et la guerre ne finit jamais. » Le garçon fit la moue. Peut-être que sa sœur avait raison, mais lui, refusait de se montrer raisonnable. Il souhaitait voir chaque telmarin mort et enterré. Il lança un coup d'oeil à l'épée que tenait Eryn. « Alors, pourquoi tout ça ? Pourquoi tu t'entraînes, si ce n'est pas pour chasser les telmarins ? » « Je m'entraîne car je sais que la paix et l'équilibre ne sont pas prêts de revenir, et si l'on se fait attaquer, je veux pouvoir me défendre, et protéger les miens. Tant que je serais là, il n'arrivera plus malheur à aucun d'entre nous. » Beren secoua la tête. « Je ne te comprends pas. » La jeune fille esquissa un sourire. « Je ne te demande pas de me comprendre, je te demande juste de ne pas prendre de risques démesurés. Promets-moi que demain, tu n'iras pas à ce campement. » Beren souffla. Il mourrait d'envie d'infliger une sévère correction à ces maudits telmarins. Peut-être même que l'un d'entre eux était l'assassin de son père. Seulement, il ne voulait pas s'opposer à sa sœur. Pas cette fois. A contre-cœur il murmura. « Je te le promets. »


Dans l'aube bleutée, il faut aller

« Je ne vais pas gagner ce fichu concours ! Pourquoi fallait-il que cette peste de Vana y participe aussi ! » Nienna pestait en tapant du pied sous le regard médusé d'Eryn. La jeune fée ne comprenait pas sa sœur. Comment pouvait-on accorder autant d'importance à un ridicule concours ? Il y avait tellement de choses plus graves dans la vie. Nienna était parfois d'une superficialité qui laissait sa jeune sœur sans voix. « Ne te rend pas malade pour ça Nine, ce n'est qu'un concours, tu ne joues pas ta vie. » La jolie blonde leva les yeux aux ciels, avant de porter un regard dédaigneux sur sa cadette, qui de toute évidence, ne mesurait pas à quel point le concours de jour Florentis était fondamental à ses yeux. Elle avait travaillé des heures entières pour être la plus belle, la plus gracile des fées et la meilleure de chanteuse. Elle n'avait voué son existence qu'à cela depuis le décès de Feanor, et puis, elle espérait secrètement conquérir le cœur de Elendil, dont elle était amoureuse depuis trop longtemps. Mais avec cette Vana dans les parages, l'affaire serait plus compliquée. « Ce n'est pas qu'un concours Eryn, c'est LE concours du jour Florentis. Mais bien sûr, ça tu ne peux pas le comprendre, tu vis dans un autre monde. Tu passes plus de temps dans tes livres et avec ton épée qu'à oeuvrer pour devenir une jolie jeune fée. » En effet, Eryn n'avait pas les mêmes préoccupations que sa sœur. A dire vrai, elle était le parfait opposé de Nienna. Nienna ne ressemblait d'ailleurs à aucun membre des Eiliniel. A la rigueur à une grand-tante de Melian, dont Eryn oubliait toujours le nom, qui, paraît-il ne vivait que pour les mondanités. Elle était aussi assez niaise, apparamment. Si Eryn aimait sa sœur, elle ne s'entendait pas vraiment avec elle, et préférait la compagnie de ses frères. Nienna n'était pas méchante, mais avec elle les sujets de conversation tournaient vite en rond. Et puis, Eryn n'appréciait pas la mine hautaine que prenait sa sœur lorsqu'elle était en compagnie. Elle n'hésitait pas à se moquer d'Irwen avec ses amis, dans le seul but d'être au centre de l'attention. Ah, ce qu'elle aimait ça, être au centre de tout. Nienna ressentait un besoin permanent de reconnaissance et d'attention. Tout le contraire d'Eryn. « Bon, très bien, peut-être que je ne comprends pas, mais dans tous les cas, ça ne te servira à rien d'angoisser. Irwen m'avait dit il y a longtemps que s'inquiéter revenait à souffrir deux fois, et finalement, il n'a pas peut-être pas tord. » Nienna dévisagea sa sœur avant de lever à nouveaux les yeux au ciel. « Irwen, tu n'as que ce mot à la bouche. Et Beren aussi… J'ai une sœur, mais c'est plutôt comme si j'avais trois frères. » Eryn foudroya Nienna du regard mais ne releva pas. Elle préférait éviter de se rabaisser à un tel niveau de bassesse digne des commérages et de cancans d'adolescent. Elle était au dessus de tout ça.
La jolie fée lança un regard vers les cieux. La nuit enveloppait maintenant tout Narnia, mais le ciel était étrangement opaque. Eryn arqua un sourcil. Elle connaissait bien les bois et leur souffle, mais ce soir là, elle ressentait l'étrange impression que la forêt ne respirait plus. Que le temps s'était figé. Quelque chose ne tournait pas rond. Un pressentiment l'habitait. La même sensation que le jour où elle avait appris la mort de son père. Elle tapota l'épaule de sa sœur dans le but d'attirer son attention. Et c'est alors qu'elle la vit. Haute, très haute, au-delà des cimes. Cette lumière bleue ardente. Elle n'eut le temps de prononcer le moindre mot qu'elle sentit sa chair exploser. Son cerveau semblait en feu, sa vision se troubla. Et la jeune fée perdit connaissance.
Douleur. Picotement. Eryn ne savait pas combien de temps s'était écoulé entre sa perte de connaissance et son réveil. A vrai dire, elle ne se rappelait pas bien de ce qu'il s'était produit. Ses souvenirs n'étaient que brumes, et les images, désordonnées dans son esprit. Elle se souvenait de cette intense lumière bleue et de cette sensation horrible de démembrement. Peut-être n'était-ce qu'un rêve ? Qu'une hallucination. La jeune femme se releva difficilement. Sa tête lui faisait un mal de chien, et elle avait le cœur au bout de lèvres. Son corps lui paraissait étonnement lourd. Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle, elle se trouvait dans les bois narniens, mais où, elle n'aurait su le dire. Peut-être près de la lande du réverbère à bien regarder la flore. Elle n'était pas près de chez elle. Mais au moins cela venait lui confirmer qu'elle n'avait pas rêver. Il s'était bien passé quelque chose, restait à savoir quoi. Méfiante et sur ses gardes, elle scruta les alentours. C'est alors qu'elle vit une silhouette étendue au sol. Une silhouette humaine. Une silhouette qu'elle identifia immédiatement comme sa sœur. Elle plaqua sa main contre sa bouche. Nienna n'avait plus la même taille. Et surtout, elle n'avait plus ses ailes. De toute évidence, elle semblait… Humaine. Le cœur d'Eryn se serra. « Et si… Non… Aslan dis-moi que je me trompe, par pitié. » Elle jeta un coup d'oeil à son corps, à son dos. Ses ailes avaient disparue. « Non… Non... » La jeune femme était sous le choc. Elle ne comprenait rien, elle était complètement perdue. Son cœur s'emballa, sa respiration se fit plus saccadée. Elle tenta de retrouver son calme. Que faire ? Où étaient sa mère et ses frères ? C'était-il passé la même chose pour eux ? Eryn songea immédiatement à Irwen. Si son aîné avait subi le même sort et se retrouvait seul, elle craignait pour sa survie. La jeune femme perdait tout ses repères. L'angoisse, l'affolement, l'incompréhension, elle était submergée par une vague d'émotions qu'elle ne parvenait à contrôler. Elle serra les poings. Inutile de paniquer et de se lamenter sur son sort. Elle s'avança vers Nienna, qui gisait toujours sur le sol, et entreprit de la réveiller. « Nienna… Nine... » Aucune réponse. Eryn s'assura qu'elle respirait toujours. De toute évidence, sa sœur était plongée dans une sorte de léthargie proche du coma. Elle posa une main sur son visage, lui caressant la joue, cette fois-ci, elle eut une réaction. Nienna grogna et commença à s'agiter. Elle s'éveillait progressivement. « Eryn ? Que… Où sommes-nous ? » Sa voix n'était qu'un râle caverneux à peine perceptible. Eryn scruta sa sœur, agitant la tête pour montrer son ignorance. « Je ne sais pas… Il s'est passé quelque chose, on a… Perdu nos ailes ou je ne sais pas. J'ai vu une lumière bleue et... » Le visage de Nienna s'était figée, comme si la jolie blonde eut été pétrifiée. Elle écarquilla les yeux, puis tourner la tête pour regarder son dos. Elle se leva alors d'un bond, poussant un petit cri, et plaquant sa main contre sa bouche. « Par Aslan… Mais non… Mais… Que... » Les mots s'entremêlaient dans son esprit, tandis que ses yeux commençaient déjà à se remplir de larmes. Eryn essayait de rester calme. Si les deux sœurs se mettaient à paniquer, elle ne ferait pas long feu. La cadette s'avança vers sa sœur. « Tout va bien aller Nine, d'accord ? Il ne faut pas s'angoisser, déclara-t-elle autant pour sa sœur que pour elle-même. » Nienna se jeta dans les bras d'Eryn qu'elle étreignit avec force. La jeune fée n'était pas habituée à ce genre de contact de la part de son aînée. Il fallait reconnaître que les deux frangines n'étaient pas très proches, ni très tactiles. A dire vrai, chez les Eiliniel, les contacts physiques étaient très limités. Irwen n'était pas à l'aise avec les rapports sociaux et, ne sachant pas quand il pouvait se montrer tactile avec sa sœur, il préférait éviter tout contact, quant à Nienna, elle pouvait se montrer tactile avec ses amis, mais sa sœur ne l'intéressait pas suffisamment. Finalement, il n'y avait qu'avec Beren qu'Eryn entretenait une certaine proximité physique. Beren était d'ailleurs un garçon très tactile. Sans doute recherchait-il ce que sa mère ne lui offrait pas. Quoi qu'il en était, Eryn fut surprise de vous sa sœur l'éteindre ainsi, mais elle se laissa faire et lui caressa le dos pour la rassurer. « J'ai peur Eryn... » Eryn souffla de dépit. « J'ai peur aussi… Terriblement. Mais nous ne devons pas nous apitoyer sur notre sort. Tout ça à un sens, il faut trouver lequel. Mais avant toute chose notre priorité est de rentrer chez nous, et surtout de retrouver les nôtres. » Séchant les dernières larmes qui glissaient sur ses joues, Nienna hocha la tête en signe d'approbation. Les deux sœurs échangèrent un regard et elles se comprirent. Elles devaient mettre leurs différents de coté. A présent, il n'y avait plus qu'elles deux, et si elles espéraient survivre, elles devraient se serrer les coudes.


En quête de l'or, pâle et enchanté ; les pins rugissaient, hauts et fiers

Ses pieds étaient douloureux. Écorchés, ils saignaient par endroit, tandis qu'une corne se formait progressivement sur le talon et les orteils. Eryn n'était pas habituée à marcher. Elle s'adaptait d'ailleurs plutôt mal à ce corps humain, qu'elle maniait avec difficulté. Il lui paraissait lourd et disgracieux. Et puis, le fait de ne pas avoir de chaussures renforçait la pénibilité des conditions de vie. Cela faisait maintenant quatre jours que l'étoile bleue avait déchiré le ciel. Quatre jours de marche. Quatre jours d'errance. Quatre jours dans les ténèbres. La jeune fée était agréablement surprise par le comportement de sa sœur aînée. Nienna avait réussi à prendre sur elle, et ne s'était quasiment pas plein du voyage. Pourtant, les occasions n'auraient pas été rares. Les deux sœurs n'avaient rien mangé de plus que des baies, elles peinaient à retrouver leur chemin dans cette partie des bois narniens qui leur était inconnu et elles n'avaient toujours pas la moindre idée de ce qu'il avait pu se produire. Elles vivaient dans l'ignorance, comme deux âmes vagabondes, profondément insignifiantes. Souffrant de ses conditions, Eryn ne cessait de penser au reste de sa famille, mais aussi de son peuple. Elle espérait de tout cœur que les siens étaient saufs, et elle souhaitait les retrouver sans attendre. Elle préférait se focaliser sur ce but pour ne pas trop avoir à songer. Dans son esprit régnait le chaos. Elle ne savait plus quoi penser de toute cette situation, et de manière plus générale, du cheminement de sa vie. Elle avait toujours été persuadée que la mort de Feanor était la pire épreuve de son existence, une épreuve pour la forger, une épreuve dont les conséquences s'inscrivaient sur un temps long. Elle avait toujours ressenti l'impression que cette perte douloureuse était un moyen pour elle de prouver ce qu'elle était et ce qu'elle valait en la surmontant. Pourtant, elle avait à nouveau l'impression d'être mise à l'épreuve. Pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi encore ? Ces questions la hantaient, mais elle préférait les garder au fond de son cœur. Elle se doutait que sa sœur traversait également difficilement cet épisode déroutant, et elle oeuvrait autant qu'elle le pouvait pour la rassurer. Lui confier ses peurs nuiraient à leur soutien mutuel. Pourtant opposés, les deux sœurs étaient tout de même parvenues à s'entendre et à s'accorder. Elles savaient pertinemment que de leur entente découlait leur survie. Eryn prenait sur elle pour se montrer plus sociale avec son aînée et parler de sujet qui intéressaient Nienna, qui, quant à elle, évitait de se plaindre et commençait même à poser des questions à Eryn sur les mythes et légendes de l'ancien temps. Sans doute avait-elle espoir que la cadette trouve dans l'un de ses livres un moyen de mettre un terme à tout ça.
La nuit s'apprêtait à tomber quand les deux fées entendirent un bruit qui les firent sursauter. Depuis le début de leur périple, elle n'avait pas croisé âme qui vivent, ce qui, en soit, avait beaucoup inquiété Eryn. D'un autre coté, elle était également soulagée de ne pas être tombée sur des brigands qui auraient pu les attaquer ou faire pire encore… Eryn intima à Nienna de ne plus faire de bruit et de se tapir dans un coin. Les deux sœurs n'étaient pas armées, elles n'avaient que leurs jambes, usées par la marche, pour se défendre en cas d'attaque. La cadette jeta un coup d'oeil furtif. Deux silhouettes marchaient un peu plus loin. Elles portaient chacune une armure et un casque très facilement identifiable. Des soldats telmarins. Eryn retint son souffle. Bien sûr, si elle avait eu une épée, les heures d'entraînement avec Beren se seraient avérées d'une grande utilité, seulement… Elle tendit l'oreille pour écouter la conversation des telmarins. Avec un peu de chances, ils passeraient leur chemin sans les repérer. Dans le pire des cas, Eryn s'imaginait déjà une solution de secours dans laquelle elles se feraient passer pour deux jeunes telmarines. « Et je lui ai dit 'c'est pas ma faute si ta femme est une putain'. Tu aurais du voir sa tête, il est devenu tout rouge et il a serré les poings... » Concentrée à écouter ce qui se disait au loin, Eryn fit un pas en avant sans se rendre compte qu'elle posait son pied sur une branche épineuse. Elle ne put réprimer un petit cri de douleur. « Tu as entendu ? » « Entendu quoi ? » « Un bruit, par là. » Les voix masculines se rapprochaient, et Eryn se mordit la lèvre inférieure. Mais qu'est-ce qu'elle avait pu être stupide. Elle regarda sa sœur, tandis que les pas s'approchaient de plus en plus. Elle n'avait pas de réelles cachettes où se réfugier. Il n'y avait qu'une solution. « Nienna, cours, murmura-t-elle. » Les deux fées se mirent à courir aussi vite qu'elles le pouvaient. La douleur dans le pied d'Eryn ne faisaient qu'augmenter, il y avait fort à parier que l'une des épines de la branche s'était logée sous sa peau. « Caleb, regarde. Là ! Vite ! » Les soldats se lancèrent à leur poursuite. Eryn courait sans se retourner. Les telmarins étaient plus rapides et plus endurants. Elle fonçait tête baissée, espérant échapper à ces ennemis. Son corps lui faisait un mal de chien, mais elle luttait, et tentait de faire fi de la douleur. « Eryn ! » La voix de sa sœur raisonna, teintée de détresse. Eryn se tourna et vit sa sœur au sol. Nienna avait trébuché, et à peine eut-elle le temps de se lever que déjà, les telmarins étaient sur elle. Eryn demeura interdite. Prise de panique, elle ne se rendit pas compte de ce qui passait dans son dos. Elle ne sentit qu'une sensation de déchirement, et aperçut le visage ébahi de sa sœur et des telmarins. « Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Chuchota l'un des deux soldats. » L'autre lui lança un regard ébahi. « C'est une fée Caïn... » Celui qui se prénommait Caïn esquissa un sourire qui glaça le sens d'Eryn. Il se tourna vers son compère. « Il faut l'attraper Cal. » Nienna poussa un cri. « Eryn, envoles toi, pars, pars ! » Eryn était comme pétrifiée. Tiraillée entre l'envie de battre des ailes et de fuir ces hommes terrifiants et le besoin de protéger sa sœur. Elle ne pouvait pas l'abandonner. Qu'importait son sort. Elle ne laisserait pas à nouveau l'un des siens mourir sous le joug des serviteurs de Miraz. « Pars, Eryn ! Je t'en pris ! » La jolie fée secoua la tête, jetant un regard désolé à sa sœur. Elle se concentra pour essayer de ranger ses ailes. C'était la peur qui les avaient fait sortir, alors le calme et la concentration devaient certainement permettre de les faire disparaître. Doucement, les ailes se fermèrent et Eryn avança vers les soldats qui tenaient fermement Nienna. « Je suis désolée Nine, je ne peux pas t'abandonner. »
Les telmarins attrapèrent Eryn avec brutalité. « Viens-là toi. » Caïn sortit une corde et attacha les deux sœurs. « Ne serre pas trop leur lien, évitons de les blesser. » Caïn dévisagea Caleb et le considéra avec mépris. Eryn observa une certaine distance entre les deux hommes. Si Caïn avait quelque chose d'effrayant et de perfide, Caleb semblait plus civilisé. Pour autant, elle savait pertinemment qu'il n'hésiterait pas à les tuer si elles tentaient de s'enfuir. Ce devait être un mouton de Miraz, n'éprouvant aucun respect pour la vie des narniens. Il croisa les bras quand Caïn prit la parole. « Tu veux qu'elle puisse nous filer entre les doigts dès qu'on aura le dos tourné ? » Caleb secoua la tête pour signifier que ce n'était pas son intention. « Bien sûr que non pauvre abruti. Je dis juste que nous devons les amener saines et sauves à Miraz. Tu ne sais pas quelle récompense il nous offrira. Les fées sont rares à capturer. Surtout sous cette forme. » Eryn considéra le telmarin avec dégoût. Il ne les voyaient que comme des marchandises, du bétail à vendre au plus offrant. La jeune femme se ravisa alors sur son premier jugement. Ce telmarin n'était pas plus civilisé que son collègue, il s'agissait là de deux brutes avides. Elle le foudroya du regard tandis qu'il continuait de s'adresser à Caïn. « On s'arrête là pour la nuit. Je vais chercher du bois pour la nuit. Et toi, pas de conneries. » Caïn opina du chef, et leva les yeux au ciel quand Caleb se mit en marche. Une fois qu'il s'assura que son camarade eut disparu entre les branchages, il se tourna vers Nienna, et posa sa main sur son menton. « Toi aussi tu es une fée ? » La fée ne répondit pas, pétrifiée. Elle pouvait sentir le souffle chaud et nauséabond du telmarin contre sa nuque. « C'est impoli de ne pas répondre ma jolie. » Caïn reluqua de haut en bas les courbes de la jeune femme. Son regard était corrompu par le vice et la perversion, et Eryn sentit son cœur se serrer. A nouveau, elle avait un mauvais pressentiment. Elle n'osait admettre l'idée qui déjà se profilait dans son esprit. Le telmarin continuait son examen. « Mmh… Tu es plutôt bien agréable à regarder. Je me demande si on peut baiser une fée comme l'on baise une putain de Telmar. » Il posa ses mains sur la poitrine de Nienna, qui recula violemment. « Ne la touche pas espèce de porc ! » Eryn avait lancé ça avec une rage violente. En colère, le telmarin s'avança vers elle, et la jeta par terre. Il craignait que Caleb n'entende les cris de cette dernière. Il savait que son compagnon d'arme ne le laisserait pas s'amuser un peu avec la prisonnière, aussi devait-il agir vite et bien. Il prit alors le pommeau de son épée et frappa avec force la tête d'Eryn. Une douleur horrible lui déchira la tête et sa vision commença à diminuer. Elle vit la silhouette de Caïn s'éloigner en direction de sa sœur qu'elle entendit commencer à crier. Elle savait. Elle savait quel sort le telmarin réservait à Nienna. Il allait la violer. Il allait la souiller. Eryn voulut se relever pour lui porter secours mais son corps n'avait plus de force. Le néant venait déjà la dévorer.


Les vents gémissaient, dans la nuit d'hiver

« Réveilles-toi... » La voix était lointaine et proche à la fois. Le ton pressant. « S'il te plaît, il faut que tu te réveilles. » Eryn ouvrit les yeux difficilement. Tout son corps était endoloris. Elle sentait le sang battre dans son visage qu'elle devinait tuméfié. Elle avait mal. Terriblement mal. Mais la douleur physique n'était rien en comparaison de la douleur psychologique qu'elle ressentait. Ses souvenirs se réorganisaient progressivement. La lumière bleue, l'errance dans les bois, les telmarins, le viol de… « Nienna » Sa voix n'était qu'un murmure. « Tu peux te relever ? » Eryn sentit son cœur se serrer. Cette voix. Caleb, le telmarin. Elle eut un mouvement de recul, tentant de se relever pour fuir, mais s'effondra avant même d'y parvenir. Elle n'avait plus de force. La seule chose qui la tenait encore en vie était sa sœur, qu'elle savait en danger. « Ma sœur… Espèce de monstre. » Elle foudroya du regard le telmarin qui était juste à coté d'elle. Pour la première fois, elle vit ses traits de près. C'était un homme d'une quarantaine d'années, qui portaient les marques de ses nombreux combats. Sa peau était jonchée de cicatrises plus ou moins visibles, certaines étant cachées par l'épaisse barbe qui occupait la moitié basse de sa figure. Au milieu de ce visage dur, un regard d'une pâleur azur contrastait avec l'ensemble. Il avait les yeux de celui qui a vécu trop de guerres, de celui qui s'étaient retrouvé propulsé dans un destin qu'il ne voulait pourtant pas. Les fées disaient souvent que le regard était le reflet de l'âme et ce qu'Eryn vit dans celui de Caleb la laissa perplexe. « Je suis désolé pour ta sœur. » Le soldat paraissait bizarrement sincère, Eryn ne comprenait plus ce qu'il se passait. Elle se demandait si elle n'était pas en train d'halluciner, ou bien si elle était face à quelconque manipulation. Elle jeta un coup d’œil au loin, Caïn était en train de dormir un peu plus loin. Elle comprenait mieux pourquoi Caleb murmurait depuis le début. Il lui tendit sa gourde. « Bois une gorgée, et essaie de te lever. » Eryn considéra la gourde avec suspicion. Et si cela était un piège ? Et si le telmarin cherchait à l'empoisonner ? De toute évidence, le soldat comprit ses inquiétudes puisqu'il la rassura. « Ne t'en fais pas, ce n'est que de l'eau, il faut que tu arrives à te relever et à marcher. C'est important. » Sa voix était étonnement douce, bien différente de celle qu'elle avait entendu dans l'après-midi. Plus chaleureuse. Plus humaine. Presque paternelle. Cela ne faisait qu'accroître la méfiance de la jeune femme. Elle avait pu constater la violence des telmarins, et les imaginer doux et bienveillant semblait contradictoire dans son esprit. Elle entendait encore les cris de Nienna dans sa tête. « Où est ma sœur ? Je veux la voir. » Caleb parut embarrassé. « Ton ami lui a fait du mal, il l'a... » « Je sais ce qu'il a fait. Et ce n'est pas mon ami. Mais... » Il s'arrêta, hésitant. Il ne savait pas comment allait réagir la jeune fée qui se tenait devant lui, lorsqu'elle aurait appris la vérité. « Mais il a fait pire encore que ce que tu penses. J'imagine que ta sœur ne s'est pas laissée faire. Il a certainement dû vouloir la maîtriser mais cela a mal tourné. J'ai entendu des cris et j'ai accouru, mais quand je suis arrivé, il était trop tard. Ta sœur était déjà sans vie. » Eryn secoua la tête, murmurant des « non ». Ce n'était pas possible. Pas sa sœur. Pas encore des morts. Mais qu'avaient bien pu faire les Eiliniel pour être ainsi maudits ? Ses yeux s'embrumèrent, tandis que Caleb baissa la tête. « Je n'aurais pas dû partir chercher le bois. Je suis désolé. » Eryn le dévisagea. Il affichait une mine qui paraissait véritablement désolé, et tendit un mouchoir à la jeune fée pour qu'elle éponge les premières larmes qui glissaient contre sa joue. « C'est pour cela que tu dois partir.  Je peux t'aider à t'enfuir. Qu'importe la récompense, il est hors de question que tu tombes entre les mains de Miraz. » La jeune femme écarquilla les yeux. Elle ne savait plus du tout où elle en était dans ses émotions. Son esprit était un vrai champ de bataille. Il y avait la tristesse, la souffrance, la colère, la méfiance, et la peur. Était-ce un piège ? Devait-elle partir en laissant la dépouille de sa sœur aux mains de ces maudits telmarins ? Comme s'il eut lit en elle, Caleb secoua la tête. « Tu ne peux plus rien pour ta sœur. Mais tu peux sauver ta propre vie. Il ne faut pas perdre de temps, je t'en pris, laisse moi une chance de t'aider. » Eryn hésita, plongeant ses pupilles dans celle du soldat. Elle n'avait pas d'autres options. Elle hocha la tête, but une gorgée, et se releva avec difficulté, en s'appuyant sur le telmarin. Il l'entraîna un peu plus loin. Une fois qu'ils furent suffisamment éloignés de Caïn, Caleb lui tendit un sac. « Il y a des provisions dedans. Va à Archenland. A Anvard, trouve un certain Galaad. Il est marchand de laine. C'est un ami à moi. Dis lui que tu viens de ma part. Il t'aidera. Je te le promets. » Eryn attrapa le sac et afficha une mine d'incompréhension. Elle articula avec difficulté. « Pourquoi tu fais ça ? » Caleb esquissa un sourire timide, qui contrastait avec sa mine sévère. « Parce que ce n'est pas pour ça que je me suis engagé dans l'armée. Parce que ce n'est pas juste. Je refuse d'être un assassin. » Il baissa les yeux, et lui donna une de ses dagues. « Maintenant, vas-t'en. Marche et ne t'arrête pas jusqu'à ce que tu sois à Archenland. Là bas, tu seras en sécurité. » Eryn secoua la tête, ouvrant et refermant la bouche. Elle aurait voulu dire quelque chose, mais elle ne parvenait à trouver les mots. Elle se contenta d'un merci et se mit en route. Chaque pas était pour elle un effort, mais au bout de quelques minutes de marche, elle parvint à trouver un rythme. Elle ignorait si elle avait encore en elle la rage de survivre. Elle venait de laisser sa sœur mourir, elle qui s'était jurée de toujours protéger sa famille. Elle avait échoué. Elle n'avait maintenant qu'une envie, s'abandonner ici, contre l'herbe humide. Elle aurait tellement voulu avoir Irwen à coté d'elle, plonger son regard dans ses yeux bienveillants. Ce sourire candide. Cette bonté en toute chose. Pourtant, il n'y avait que les ténèbres autour d'elle. Irwen représentait tout ce qui avait disparu du monde d'Eryn. Elle songea également à Beren. Elle se souvenait de ce moment où il l'avait étreint et où elle s'était sentie tellement bien dans ses bras protecteurs. Elle voulait les Siens. Elle les désiraient plus que tout au monde. Elle ferma les yeux. Il fallait qu'elle cherche en elle l'étincelle qui lui permettrait de continuer. Pour sa mère. Pour Beren. Pour Irwen. Mais aussi pour Feanor et Nienna. Elle serra les poings et ouvrit les yeux. « Allez Eryn, va trouver ce Galaad. » Et elle pressa le pas, laissant derrière elle sa peur, utilisant sa colère comme une force pour oublier que son être n'était que souffrance.
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MessageSujet: Re: Eryn ▬ I will never give up the fight   Ven 16 Déc - 12:47

A shadow in the dusk
Il est des choses que le temps ne peut cicatriser. Des blessures si profondes qu'elles se sont emparées de vous.
Rouge le feu, sur milles lieux

Elle avait perdu la notion du temps et de l'espace. Chaque seconde lui paraissait une éternité et chaque mètre, plus d'une lieue. Eryn éprouvait l'affreuse impression qu'elle n'avançait pas, qu'elle était comme figée dans une bulle. Dans le néant. La traversée de Narnia était pour elle comme la traversée d'un immense désert où le ciel n'était que ténèbres. Où le sol se dérobait sous ses pieds pour sombrer dans le néant. Seule, la jeune fée erraient dans les abysses de son propre être. Elle n'avait pour compagnon que la souffrance et la tristesse. Les souvenirs de Nienna hurlant pour son salut ne parvenaient à quitter son être et la hantait de jour comme de nuit. Elle ressentait un profond sentiment de culpabilité. Pourquoi Nienna et pas elle ? Sa sœur ne méritait pas un tel sort. Personne ne le méritait, à vrai dire. Eryn n'osait imaginer quels devaient être les derniers souvenirs de sa sœur. Elle avait quitté ce monde dans la douleur, souillée par un monstre qui vivait encore. Eryn ne pouvait songer à Caïn sans éprouver un désir de vengeance. Elle voulait le voir mort. Elle voulait le voir souffrir. Elle n'aimait pas savoir son cœur habité de pensées aussi obscures. Mais seule dans son voyage, elle se laissait plus facilement tentée par l'obscurité que par l'espoir. A ses yeux, le monde qu'elle avait tant chéri n'était que désolation. Elle ne ressentait plus aucune joie à marcher au travers des arbres, dans les plaines, près des clairières. Elle avait parfois même l'impression de n'être plus qu'une coquille vide. Loin des siens, elle perdait pied. Face à l'échec, elle se sentait coupable. Les légendes des anciens temps qui, autrefois, avait habité son quotidien, lui paraissaient des histoires forgées de toute pièce où tout n'était que mensonge. Comment le monde pouvait-il être beau après tout le mal qui s'y était déversée ? Au fond d'elle, elle entendait sa mère lui répéter que l'ombre ne faisait que passer. Que lorsque le soleil brillerait à nouveau, il n'en serait que plus éclatant. Eryn tentait de se rattacher à cette idée, mais, face à tant de souffrance, il était tellement plus délicieux de se laisser aller à la haine et à la colère.
Le soleil se levait à peine mais la jeune fée marchait déjà depuis plusieurs heures. Elle avait fini par s'habituer à la douleur de ses pieds, si bien qu'elle n'y prêtait plus attention. Elle n'avait qu'un objectif en tête : trouver ce Galaad. Mais Archenland semblait si loin. Y arriverait-elle un jour ? D'un geste machinal, elle vérifia que la dague que lui avait donné Caleb se trouvait bien sur son flanc. Eryn n'avait plus confiance en rien ni en personne et elle ne savait pas ce qui l'attendait à Anvard, même si Caleb lui avait assuré la sécurité. Caleb. La jolie fée ignorait toujours ce qui avait poussé le soldat à lui venir en aide. A vrai dire, cette main tendue l'avait véritablement déroutée. Elle ne savait plus quoi penser des humains. Elle avait vu, d'abord par la mort de son père, puis par le comportement de Caïn, à quel point ils pouvaient se montrer perfides, mais Caleb venait nuancer ce point de vue extrême. Elle ne pouvait les haïr, car, si ce Galaad lui venait véritablement en aide, alors, elle devrait sa vie aux Hommes. Elle se demanda alors si Caleb allait avoir des problèmes. Après tout, il avait trahi son peuple et son roi en la laissant partir, et elle ne doutait pas que Caïn se ferait un plaisir d'aller le livrer à Miraz. Elle ressentait une sincère compassion pour cet homme qui avait eu de l'empathie pour elle, mais elle n'éprouvait aucun scrupule à avoir saisir sa chance et à s'en être allée. Pas après ce que les telmarins avaient fait à sa sœur.
Alors qu'elle continuait sa marche en cheminant également dans ses pensées, un changement de lumière attira son attention. Le soleil à peine levée était caché par une épaisse masse. Son cœur se serra. Les montagnes d'Archenland. Ses mêmes montagnes qu'elle avait tant chéri et tant convoitée durant son enfance. Eryn avait toujours voulu visiter Archenland, et c'était avec un certain pincement au cours qu'elle pressa le pas pour rejoindre Anvard au plus vite. Ce n'était pas comme cela qu'elle avait imaginé son premier voyage dans la terre des ducs. La route lui parut néanmoins plus rapide. Au fur et à mesure qu'elle progressait en ce territoire, elle sentait son cœur s'alléger un peu. Bien sûr, l'accablement, le chagrin et le déchirement étaient encore présent dans son cœur, mais pour la première fois depuis longtemps, elle apercevait un horizon qui n'était pas qu'abysses. Elle espérait seulement ne pas être déçue. Après toutes les épreuves qu'elle avait traversé, elle se demandait quand viendrait le prochain obstacle, la prochaine tourmente. Ce fut donc un nœud à l'estomac qu'elle pénétra dans la capitale archenlandaise. Elle fut immédiatement conquise et fascinée par cette cité. Elle ignorait si c'était le fait de retrouver la civilisation après tant de temps passé toute seule, ou bien si c'était l'atmosphère du lieu qui la rendait ainsi, mais elle eut le sentiment de retomber quelques années plus tôt, lorsqu'elle avait encore l'innocence de ses beaux jours d'enfant. Les gens étaient souriant, de bonnes odeurs de nourriture s'élevaient des différentes maisons : Eryn avaient l'impression d'être arrivée au pays d'Aslan, après avoir traversé un désert de flamme et d'affliction. Elle venait de tomber amoureuse d'Archenland. Hésitante, elle s'avança vers une passante. Il fallait qu'elle trouve ce Galaad, mais, dans une cité comme Anvard, la tâche ne s'annonçait pas de tout repos. « Excusez-moi... » Sa voix était faible, brisée, elle ne l'avait pas utilisée depuis longtemps, si bien que la passante ne l'entendit pas la première fois. Elle insista. « Excusez-moi madame... » Cette fois-ci, la dame se retourna. Il s'agissait d'une femme d'un certain âge, ou du moins, qui faisait beaucoup plus âgée qu'elle ne l'était réellement. Elle joncha Eryn du regard et parut surprise. « Oh ma pauvre enfant, vous m'avez l'air bien fatiguée. Vous êtes si frêle ! Que puis-je faire pour vous aider ? » Après tant de tourments, Eryn fut terriblement touchée par autant de prévenance à son égard. Elle qui avait eu l'impression de n'être plus personne, tout juste un animal, si ce n'était un objet, se sentit à nouveau comme un individu, comme une personne à part entière. Elle aurait voulu serrer cette dame, mais elle se retint, et demanda ce pourquoi elle était venue à Anvard. « J'ai besoin de voir Galaad, c'est un marchand de laine. Est-ce que vous le connaissez ? » « Galaad ? Bien sûr que oui ! Tout le monde le connaît à Anvard. Le bon samaritain ! » Bon samaritain, Eryn fut quelque peu rassurée par cette expression. Elle avait longtemps craint de tomber sur un rustre, un vicieux ou un homme mauvais. Malgré tout, elle restait sur ses gardes : tant qu'elle ne l'avait pas rencontré, elle refusait de baisser sa garde. « Vous le trouverez sur la place du marché. » Sans perdre plus de temps, la jeune fée remerciant la passante et  se dirigea vers la place du marché qui se situait à quelques mètres. A cette heure-ci, elle était bondée. Eryn n'était plus habituée à circuler parmi autant de monde. Elle tenta de repérer celui qui pourrait être Galaad. Elle vit alors un homme, au loin, qui vendait de la laine. Il n'y avait pas qu'un vendeur de laine au marché d'Anvard, pourtant, la fée eut l'intuition que c'était vers lui qu'elle devait aller. Elle s'avança, l'estomac noué, et se racla la gorge. « Excusez-moi, vous êtes Galaad ? » L'homme qui filait de la laine en attendant que la clientèle ne se décide, stoppa son activité et scruta la jeune femme qui se trouvait devant lui. Elle semblait misérable, dans ses loques qui lui servaient d'habit. Son visage portait des marques de blessure, toute une partie était tuméfiée. Elle paraissait également jeune et désorientée. Galaad avait la réputation d'aider les pauvres et les mendiants. Il leur donnait à manger et compagnie, aussi nombreux étaient les vagabonds qui venaient le voir. Nombreux étaient aussi les voleurs qui profitaient de sa gentillesse. Pourtant, il avait le pressentiment que cette fille n'était rien de tout ça. Il resta tout de même sur ses gardes. « Qui le demande ? » Eryn baissa les yeux. Cela ne n'annonçait pas un succès. Pourtant, la voix de cet homme était plutôt douce. Bienveillante. La jeune femme n'aurait su dire en quoi, mais elle lui évoquait celle d'Irwen. Elle plongea ses pupilles dans les siennes, comme pour lui prouver sa sincérité. « Je m'appelle Eryn. C'est un ami de Galaad qui m'a dit de m'adresser à lui. Caleb. Il m'a permis de sortir d'une situation très délicate. Il m'a… sauvé. Il m'a également dit que son ami Galaad pourrait également me venir en aide. Je ne demande pas grand-chose. J'ai vécu des choses que je préférerais oublier, maintenant, tout ce que je souhaite, c'est retrouver ma famille. Si Galaad peut m'aider, je saurais l'en remercie. » Galaad arqua un sourcil. Cette fille savait parfaitement s'exprimer. Elle était bien différente des vagabondes et des filles de petite vertu qu'il aidait. Elle l'intriguait. Il sentait dans le grain de sa voix la douleur de ceux qui avaient vécu des traumatismes. Il fit un geste à son apprenti pour lui signifier qu'il devait gérer la boutique seul quelques instants, puis se tourna vers Eryn. « Suis-moi. » Il l'entraîna loin de la cohue, près de l'entrée d'une petite maison légèrement isolée. Eryn ne savait pas si le suivre était une bonne idée, mais étrangement, elle ressentait un sentiment de confiance face à cet inconnu. Cela était bizarre et difficile à définir, mais, elle qui pressentait le danger, se sentait là en sécurité. « Je suis Galaad. » Eryn esquissa un sourire. Elle ignorait encore si l'homme allait l'aider, mais elle lit dans son regard que la réponse était oui. Il la considéra. « Tu es blessée… Et tu m'as l'air épuisée. Par Aslan, que t'est-il arrivé ? » Eryn hésita. Elle ne pouvait pas dire toute la vérité à Galaad. Après tout, elle ne savait rien sur lui, peut-être qu'en apprenant qu'elle était une fée, il chercherait lui aussi à la vendre pour faire du bénéfice. Même si cela l'étonnait beaucoup, elle préférait ne pas prendre le risque. « Je suis tombée sur de mauvaises personnes, se contenta-t-elle de déclarer. » Galaad hocha la tête, n'insistant pas plus. Il détestait forcer les gens à se confier, lui mieux que personne n'était pas sans savoir que certains secrets sont mieux enfouis au fond de notre être. « Il faut soigner ça. Allons chez moi, j'ai de quoi panser tes plaies. » Il lui montra la maison à coté de laquelle il se tenait et lui intima de la suivre. Percevant la tension dans le corps de la jeune femme, il lui lança un sourire franc. « Et puis bien sûr, j'oubliais le principal, bienvenue à Archenland. »


Flambaient les arbres, torches de lumière

Eryn s'activait dans la cuisine pour faire chauffer l'eau qui servirait à soigner Galaad. Cela faisait maintenant plusieurs mois que le marchand avait recueilli la fée et cette dernière s'était enfin remise de ses blessures. Souhaitant remercier son hôte avec les moyens qu'elle avait à sa disposition, la jeune fée avait proposé à Galaad de travailler pour lui en tant que fileuse. L'homme avait d'abord refusé : il était pour lui hors de question qu'Eryn fasse quoi que ce soit pour le remercier, l'aide qu'il dispensait aux autres n'avaient pas pour lui de but lucratif, mais, sous l'instance de la jeune femme qui menaçait de partir dans les tréfonds d'Anvard s'il n'acceptait pas, Galaad, effrayé à l'idée de voir Eryn s'envolait dans une nature trop dangereuse, s'était résigné. Il fallait reconnaître qu'avec le temps, ils s'étaient attachés l'un à l'autre. La jolie fée voyait l'archenlandais comme un sauveur et cette nouvelle vie à Anvard comme une forme d'échappatoire. Elle n'avait pas renoncé à l'idée de retrouver sa famille, seulement, elle s'accordait un répit qu'elle jugeait bien mérité. Elle avait passé trop de temps à errer sur les routes, et à présent, elle voulait un peu de repos. Et puis, il ne fallait pas se voiler la face. Sa vie à Anvard lui permettait d'oublier un peu les images de son passé qui la hantaient encore pendant la nuit. Aux cotés de Galaad, qui paradoxalement lui rappelait un peu Irwen, elle laissait de coté les traumatismes de son passé et elle occupait son esprit avec des images plus gaies. Elle respirait. Bien sûr, souvent, elle se sentait lâche. Elle avait le sentiment d'avoir abandonné les siens, comme elle avait abandonné Nienna, mais lorsqu'elle se mettait en tête de partir, le visage bienveillant de Galaad chassait cette idée de son esprit. Elle avait besoin de cette nouvelle vie. Même si elle n'était que passagère. Car si ses blessures physiques étaient soignées, celles de son esprit saignaient encore. Mais la douleur était un peu moins vivace ici, à Archenland. Galaad lui aussi ressentait le besoin de la présence d'Eryn. Elle égayait son quotidien d'une manière jusque-là insoupçonnée, comblant un vide et repoussant hors des murs de la maison cette solitude que Galaad cultivait jusque-là.
L'eau étant en ébullition, Eryn plongea les feuilles de sureau à l'intérieur, les laissa quelques secondes, avant de les retirer et de sortir l'infusion du feu. Galaad avait attrapé une mauvaise grippe et la fièvre le tenait au lit depuis maintenant deux jours. La jeune fée était très inquiète. Elle avait eu beau essayer toutes les recettes de fée qu'elle connaissait et qu'elle pouvait réaliser avec les instruments à sa disposition, rien n'y faisait, la fièvre ne tombait pas. Elle avait donc décidé de s'aventurer un peu plus profondément dans les bois qu'à son habitude, afin de cueillir des baies de d'achillée. Évidemment, cela ne serait pas aussi efficace que les fleurs de narcissia delia, seulement, Eryn ignorait où elle pouvait s'en procurer. Mais néanmoins, le parfait dosage de sureau et d'achillée, uniquement connu par les fées, pouvait guérir de tous les mots. Eryn sortit les baies et en écrasa la juste quantité dans l'infusion. Elle versa la mixture dans une tasse et se rendit dans la chambre de Galaad. Celui-ci était étendu dans son lit, la mine blanche. Il faisait vraiment peur à voir. Eryn s'avança jusqu'à la couche et aida l'homme à se redresser. Elle lui fit boire la potion, en veillant à ce qu'il en absorbe la dernière goutte. Elle refusait qu'il puisse mourir aussi bêtement. Plus de morts. Plus autour d'elle. Plus des gens auxquels elle tenait. « Cela devrait t'aider à aller mieux. Dans quelques heures tu seras rétabli, je te le promets. » La jeune femme remit en place les couvertures qui aidaient Galaad à évacuer la fièvre par sudation. L'homme lui attrapa alors la main. « Tu es bien optimiste... » Sa voix était faible et caverneuse. Il s'exprimait avec difficulté, mais il conservait ce ton moqueur qu'Eryn avait réussi à apprivoiser. « Il faut bien que l'un d'entre nous le soit. Et puis, je sais ce que je fais. » La fée se voulait rassurante. D'expérience, il n'ignorait pas que dans une situation délicate, il était fondamental que l'une des personnes concernées soient un pilier pour l'autre. Galaad esquissa un sourire, et resserra l'étreinte autour de la main d'Eryn. « Restes, s'il te plaît. Et parles moi. Je veux juste entendre ta voix. » Eryn hocha la tête et prit la chaise qui trônait près du bureau, non loin de là, pour s'y installer. Elle glissa ses doigts dans ceux de Galaad et commença à lui conter les histoires de l'ancien temps, les légendes des rois et reines. Bien qu'Eryn soit de plus de dix ans la cadette de Galaad, elle se comportait avec lui comme une mère, veillant de temps en temps à prendre sa température. De toute évidence, la potion faisait son effet, et au bout d'une heure, la fièvre était presque entièrement tombée.
Galaad contemplait la jeune femme avec ses yeux alors vitreux. « Tes histoires sont tellement magiques. Je crois que le pouvoir de tes mots m'aident à guérir. » Eryn émit un léger rire et quitta sa chaise pour s'asseoir sur le bord du lit, face à l'archenlandais qui pouvait à présent se tenir redressé sans trop souffrir. « Il y a aussi ta potion, je dois l'avouer. » Il la fixa quelques secondes, plantant ses pupilles dans celle de la fée. La jeune femme eut l'impression qu'il la sondait de l'intérieur. Elle ne parvenait pas à décrocher son regard de Galaad. Elle se sentait étrange. L'homme remit en place une mèche qui tombait sur le front d'Eryn. « Tu es tellement mystérieuse. Et tellement fascinante. Je ne sais rien de toi, de ton passé. Mais ce que je vois dans tes yeux... » Eryn baissa la tête. Elle n'avait jamais confié à Galaad plus que ce qu'elle avait pu lui dire le jour de leur rencontre. Elle ne lui avait jamais dit pour sa véritable nature. Non pas que l'envie lui manquait. Elle n'avait simplement jamais trouvé le bon moment. Elle se mordit la lèvre inférieure. « Je peux peut-être te confier un secret... » L'homme la scruta, l'invitant à poursuivre. « Galaad, je… Je ne suis pas celle que tu crois. Je ne suis pas comme toi, je ne suis pas… Humaine. » Toujours un peu dans les vapes à cause des restes de fièvre, l'archenlandais sourit. « Tu es une fée Eryn, je le sais. Il suffit de t'observer pour s'en rendre compte. Ta grâce, la finesse de tes doigts, et tes… compétences de guérisseuse. Qui connaît un peu le peuple fée sait reconnaître l'un d'entre eux quand il en voit. » Eryn écarquilla les yeux, elle n'en revenait pas. Jamais elle n'avait laissé sortir ses ailes devant Galaad. Jamais elle n'avait mentionné le mot fée en sa présence. Pourtant, il avait su. Il avait lu en elle. En ses gestes. Personne avant lui n'avait réussi à la percer à jour de manière aussi perspicace. D'abord car elle masquait parfaitement ses sentiments, ensuite car personne ne l'avait trouvé suffisamment signifiante pour s'attarder à une pareille analyse. A travers les yeux de Galaad, elle se sentait exister. Elle se sentait importante. Elle bredouilla. « Depuis combien de temps le sais-tu ? » Galaad secoua la tête. « Je ne sauras le dire. Peut-être que je l'ai toujours su mais que je viens seulement de l'admettre. Ce qui m'intrigue maintenant est de savoir ce que fait une fée aussi loin des siens. En compagnie d'un misérable marchand de laine. » La jeune fée lui donna une petite tape, douce, bien sûr, pour ne pas le blesser plus qu'il ne l'était déjà, lui signifiant d'arrêter ses bêtises. Et pensant à la question de son ami, une ombre passa dans ses yeux. Son histoire n'avait rien de joyeux. De terribles souvenirs y étaient attachés, et les images joyeuses de sa vie, avant la lumière bleue, n'en étaient que plus douloureuses. Percevant le malaise chez son amie, Galaad lui prit la main, la caressant doucement. Eryn n'était pas habituée à ce genre de contact, mais venant de Galaad, elle ne trouvait pas cela déplaisant. Elle ouvrit la bouche comme pour parler et la referma immédiatement sans que sorte le moindre son. Elle cherchait ses mots, tout en contrôlant les émotions qui remontaient en elle sous forme de vagues dévastatrices. « Il y a eu cette lumière dans le ciel. C'était il y a longtemps maintenant. Je ne sais pas ce qu'il s'est produit, mais ma sœur nous sommes retrouvées dans le bois. Loin de chez nous. Sans nos ailes. Comme de simples humaines. Nous voulions à tout prix rejoindre notre mère et nos frères quand nous sommes tombées sur deux telmarins. Caleb et Caïn. Caïn était un monstre. Il a violé ma sœur avec tellement de violence qu'il l'a tué. » Eryn sentait une boule grossir dans son estomac. Elle visualisait encore la scène dans son esprit avec une très grande limpidité. Jamais elle n'oublierait les cris de Nienna. « Caleb m'a aidé à m'enfuir. La suite tu la connais. » Le son de sa voix faiblissait à chaque mot, si bien qu'elle en devenait à peine audible. Galaad, non sans mal, car son corps était encore endoloris par la grippe, la prit dans ses bras. Une fois l'étreinte terminée, il planta son regard dans celui de la fée. « La violence est derrière toi Eryn. Tant que tu seras ici, je veillerais sur toi. J'ai toujours aidé les gens, mais avec toi c'est différent. Je ne t'aide pas pour me sentir moins seul ou pour me rendre utile. Je t'aide car… » Il hésita. Il savait pourquoi il l'aidait. Il savait quels sentiments grandissaient en lui, il les avait déjà connu auparavant, au temps jadis. Mais cette fois-ci il refusait de les laisser prendre le pas. « Car tu es toi. Tu es bonté, même si parfois tu ne t'en rends pas compte. Même si quelques jours, je te vois t'abandonner aux ténèbres… Malgré tout, tu restes bonté, courage, force, espoir et amour. Tu es une lumière Eryn. Dans ce monde obscur, tu continues de brûler. » Eryn secoua la tête. Personne ne lui avait adressé auparavant de pareils mots. Elle posa ses mains sur le cou de Galaad qui était encore un peu chaud. « Qui est-tu Galaad ? » Sa voix restait un murmure, semblable à une brise. Fugace, insaisissable. L'homme baissa les yeux, tandis qu'il sentait les doigts d'Eryn contre sa peau. Il pouvait saisir le regard azur de la jeune fée braqué sur lui. « Je ne suis pas le bon samaritain que tout le monde pense. Je suis tellement plus égoïste. » Il prit une inspiration. Eryn était pendue à ses lèvres. Elle s'était interrogé maintes fois sur ce personnage atypique. Ce marchand solitaire. Ce bon samaritain qui vouait sa vie au service des autres. Quels secrets cachait-il ? Pourquoi un homme pareil vivait-il seul alors qu'il aurait du avoir femme et enfants ? Les réponses à ces questions se profilaient déjà dans la bouche de Galaad. « J'ai grandi à Anvard avec ma petite sœur et mes parents. Mon père était également marchand, et ma mère, une soigneuse réputée. Quand mon père décéda de maladie, ma mère céda le commerce au frère de mon père. Elle détestait le métier de marchand, et j'étais alors trop jeune pour reprendre l'entreprise familiale. Nous partîmes, avec ma sœur, à Telmar où ma mère avait une tante qui pouvait nous accueillir. Nous y restâmes un certain temps. C'est là que j'ai rencontré Caleb, qui, après être devenu mon ami, devint également mon beau-frère. Ma sœur mariée et ma mère nous ayant quitté, je décidai alors de retourner à Archenland pour aider mon oncle. C'est là que je l'ai connu. Cette fille était enchanteresse. C'était aussi la cousine de la princesse Juliette. J'ai sacrifié tellement de choses pour elle, avant de la voir partir avec un autre. A partir de là, je ne pouvais cesser de m'occuper. Je devais me vider l'esprit. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à aider les autres. En les sauvant, j'essayai de me sauver moi-même... » Il laissa sa phrase traîner, comme s'il eut été incapable de la finir. Eryn était choquée. Ils venaient de passer un cap dans leur amitié. Elle avait le sentiment qu'ils s'étaient mis à nu l'un devant l'autre et que leur esprit avait un instant fusionné. La franchise, la sincérité. La confiance. Eryn étreignit l'archenlandais et déposa un baiser sur sa joue. « Je vais te sauver Galaad. »


Home is behind, the world ahead

« Irwen ! » Eryn ouvrit les yeux, haletante. Son corps était recouvert de sueur et elle tremblait. Baignée dans l'obscurité, elle peinait à se repérer. Elle se trouvait encore entre deux eaux, un peu comme si une part d'elle demeurait prisonnière de ce cauchemar qui venait de la heurter. Les images étaient claires dans son esprit. L'esprit de Nienna la traitant de traîtresse. Le corps d'Irwen gisant sans vie. Le regard de Beren emplit de dégoût à son égard. Et cette phrase de sa mère. Tu nous as abandonné. Ce n'était pas la première fois que la jeune fée rêvait de sa famille, mais jamais aucun de ses cauchemars n'avaient été aussi violent. Jamais les sensations n'avaient été aussi exacerbées. Elle savait pertinemment ce que ce rêve signifiait. Elle savait qu'elle part de son inconscient s'exprimer à travers ce songe. La culpabilité. Eryn s'était toujours battu pour sa famille, elle s'était fait la promesse de toujours protéger les siens, quoi qu'il puisse se produire. Pourtant, l'échec qu'elle avait essuyé avec Nienna avait réduit à néant ses forces et ses convictions. Elle s'était laissée allée au repos auprès de Galaad, et à présent, elle comprenait qu'elle avait une erreur. Que cela ne pouvait plus durer. Aussi fort aimait-elle Archenland, sa place n'était pas en ces terres. Sa place se trouvait aux cotés d'Irwen, de Beren et de Melian. Leurs visages s'effaçaient presque dans son esprit. Ils n'étaient parfois que souvenir, et cela était pour Eryn intolérable. Elle devait renoncer à la facilité. Elle devait se battre pour ceux qu'elle aimait. Mais une partie d'elle se déchirait lorsqu'elle s'imaginait loin d'Anvard. Une part de son âme demeurerait toujours attaché à Archenland. Et à Galaad. « Galaad, murmura-t-elle pour elle-même. »
La jeune femme se leva et se passa un peu d'eau sur le visage et sur le corps. Au dehors, la nuit s'étirait, souveraine pour encore plusieurs heures. Il devait bien être tard dans la nuit, ou plutôt tôt dans le matin. Elle se vêtit confortablement, et commença à réunir ses affaires. Elle venait de prendre sa décision, aussi douloureuse était-elle. Elle ne pouvait plus repousser le départ. Cela faisait trop longtemps qu'elle s'était détournée de son chemin. Une fois son bagage fait, elle descendit les marches qui menaient à la pièce principale, et alluma une bougie. Il était hors de question qu'elle parte sans dire au revoir à Galaad. Elle se doutait que les adieux seraient déchirants, mais elle ne pouvait s'imaginer quitter Archenland sans remercier celui qui lui avait permis de survivre et de surmonter bien des obstacles. Il représentait tellement pour elle… Elle s'assit près de la table, fixant la flamme et attendit.
Lorsque Galaad fit son apparition dans la pièce, la bougie était presque sur le point de s'éteindre, toute la cire s'étant consumée. Dehors, le petit jour se montrait, timide, et les rues étaient encore assez calme. Un moment parfait pour prendre la route. Et quelle route ! Eryn en avait pour plusieurs jours de voyage, mais elle espérait pouvoir s'acheter un cheval, ce qui lui faciliterait amplement la tâche. « Eryn ? Que ce que… » Il scruta la jeune femme, et aperçut le sac qu'elle tenait à ses pieds. Il fronça les sourcils. « Qu'est-ce qui se passe ? » Eryn déglutit. Elle avait passé le reste de la nuit à se demander comment tout expliquer à Galaad, quels mots employer, quels gestes avoir. Elle ignorait comment il réagirait à son annonce, et elle ne voulait surtout pas le blesser. Elle craignait qu'il ne lui demande de rester. Elle était déterminée, et pas même Galaad ne pourrait lui faire changer d'avis. La tête baissée, elle se racla la gorge. « Il est temps que je parte Galaad. J'ai laissé ma famille trop longtemps. J'ai besoin de les retrouver. » L'archenlandais demeurait interdit. Il redoutait ce jour depuis un moment, mais ne s'était pas véritablement préparé à l'échéance. Il ne pouvait la laisser partir. Il avait besoin d'elle près de lui. Il avait besoin de sa voix, de son regard, de sa présence. Mais il ne pouvait pas non plus la retenir. Cela aurait été égoïste de sa part. Il n'avait qu'une solution en tête. « Laisse moi venir avec toi. » Eryn ouvrit la bouche, surprise. Elle n'avait pas pensé à une telle possibilité. L'idée lui paraissait merveilleuse, seulement… Elle savait les voyages difficiles et dangereux, et elle ne souhaitait pas qu'il arrive malheur à Galaad par sa faute. Elle refusait également qu'il renonce à sa vie et à sa patrie pour elle. Elle ne le méritait pas. « Ce n'est pas ton combat. Tu es chez toi à Archenland, et personne ne devrait être loin de chez lui. Je dois y aller seule. » Galaad s'avança vers Eryn. La jeune fée n'osait pas regarder Galaad dans les yeux. Son cœur lui faisait un mal. Elle sentait son estomac se nouer. L'archenlandais s'agenouilla à coté d'elle et lui souleva doucement le menton, l'obligeant à le regarder. « Eryn, regarde moi. » Les yeux de la jeune femme étaient humides, elle ne parvenait à prononcer le moindre mot. Pourtant, dans sa tête, tout était clair. Elle devait partir. Elle devait retrouver les siens. Elle s'accorda enfin un regard vers Galaad. Il la fixait avec force. Ce qu'elle voyait dans ce regard était si intense. « Je t'ai promis de te protéger, et toi de me sauver. Laissons nous une chance de tenir nos promesses. » Eryn ne put retenir la seule larme qui coula sur sa joue. Une seule et unique. La seule qu'elle avait versé pour quelqu'un qui n'était pas de son sang. Elle posa sa main sur la nuque de Galaad, et approcha son visage du sien. Elle ne sut d'où cette envie lui venait, mais les lèvres de l'archenlandais l'attiraient étrangement. Son souffle était court. Il n'y avait plus que quelques millimètres entre leurs deux bouches, mais Eryn ne combla pas le vide entre elles. Au lieu de ça, elle avança sa bouche vers l'oreille de Galaad pour lui murmurer quelques mots. « Je ne renonce pas à toi. » Elle s'écarta alors du marchand et prit une profonde inspiration. Elle ramassa son sac et se dirigea vers la porte. Galaad était toujours à genoux. Il semblait anéanti. Vide et dévasté. Il fixait la silhouette d'Eryn progressait vers la porte, s'éloigner de lui. Dans quelques secondes, elle aurait disparu de sa vie. Dans quelques secondes, elle ne serait qu'un souvenir. Qu'un échec de plus dans sa pitoyable existence. Comment continuer avec ce manque ? Comment renouer avec une solitude abandonnée ? Elle s'en allait et avec elle, elle emportait la lumière et l'espoir. Eryn posa la main sur la poignée. Elle éprouvait la sensation qu'une main de fer était en train de lui broyer le cœur. Elle se retourna une dernière fois et lança un regard désolé à Galaad. « Ce n'est pas un adieu. » Et sur ces paroles, elle tourna la poignée et quitta la pièce pour s'embarquer sur le chemin qui la ramenait vers les siens.


And there are many paths to tread

Le cœur d'Eryn battait à tout rompre lorsqu'elle vit au loin se profilait le campement narnien. La jeune fée avait cherché des semaines durant la trace de ses frères et de ses sœurs. Jour et nuit, elle n'avait eu pas eu de repos pour retrouver les siens. Animée par une détermination stimulée par les souvenirs de ses frères, elle s'était battue contre vents et marées pour parvenir à son but. Et elle avait fini par y parvenir. Sa route avait croisé celle d'un narnien qui vivait sur le campement. Comme à chacune de ses rencontres inattendues, elle lui avait décrit le visage de ses frères, non sans une certaine appréhension. A chaque fois, elle entendait la même réponse. « Pas vu. » Mais cette fois-ci, tout fut différent. Le narnien en question connaissait bien les deux frères. Le plus grand s'occupait de son cheval, quant au plus jeune, c'était un bon ami avec qui il partageait les armes. Le capitaine Beren. Capitaine. Eryn ne pouvait masqué sa fierté. Son frère s'était toujours entraîné pour devenir un valeureux combattant, et il y était parvenu. Elle savait aussi qu'il possédait en lui le désir de lutter contre la dictature de Telmar, et, de toute évidence, il accomplissait ce qu'il avait toujours considéré comme son devoir. La jeune fée ne fut donc guère surprise quand le narnien lui expliqua que les deux frères étaient ardemment engagés dans la résistance et qu'ils combattaient aux cotés des Pevensie. Ce qui l'inquiétait plus, en revanche, concernait sa mère. Elle n'avait toujours pas d'information à son sujet, et craignait qu'elle n'est perdu la vie, bien qu'elle refusait d'accepter l'idée tant qu'elle n'en aurait pas la certitude. Le narnien lui proposa de la conduire jusqu'au campement. Tous les amis de Narnia étaient les bienvenus. Eryn était très excitée à l'idée de retrouver les siens, pourquoi, plus ils s'approchaient du campement, plus ses peurs augmentaient. De quoi avait-elle peur au juste ? Et bien, elle n'en savait rien. Cela ressemblait plus à une angoisse générale qui tétanisait ses membres. Elle se répétait mentalement la phrase qu'Irwen lui avait dite des années auparavant. S'inquiéter revient à souffrir deux fois. Mais rien n'y faisait, elle ne parvenait à calmer son stress. Elle s'en voulait d'autant plus que ce moment n'aurait du être que joie. Mais peut-être craignait-elle la réaction de ses frères à son arrivée. Peut-être craignait-elle qu'ils ne lui reprochent sa longue absence. Peut-être craignait-elle de ne pas arriver à contrôler ses émotions. Ils étaient tous les deux en vie, et c'était le principal. Quand bien même ils lui reprochaient de les avoir lâchement abandonné pour aller filer de la laine avec un marchand archenlandais, Eryn serait heureuse. Elle les verrait saufs et en bonne santé, en chair et en os devant elle. C'était tout ce dont elle désirait.
La jeune fée et son nouveau compagnon de route pénétrèrent enfin dans le campement. « Bienvenue à Narnia. Bon retour chez toi. » Eryn était comme subjuguée. Devant elle, le peuple narnien semblait fort et puissant. Elle comprit à ce moment-là que personne ne pourrait rien contre eux. Personne ne les réduiraient jamais au silence, ni à l'esclavage. Ils étaient forts. Unis. La jeune femme ressentait une multitude d'émotion. Elle avait le sentiment d'avoir plongé dans l'une des légendes qu'elle lisait autrefois. D'avoir atterrit dans le campement d'Aslan lors de la guerre contre la sorcière blanche. Ces tentes aux couleurs flamboyantes, ce bruit des marteaux forgeant les armes. Elle qui n'avait senti que la guerre depuis le passage de l'étoile bleue – le narnien lui avait enfin conté le fin mot de cette histoire de lumière azur – se trouvait dans un monde baigné par la magie. Certes, la guerre demeurait présente, pourtant, il y avait de l'amour dans ce campement narnien, de l'espoir. Elle qui avait errer dans les ténèbres venait de trouver le phare qu'elle avait tant cherché. Son regard se baladait de tous les cotés. Son cœur manqua un battement quand elle aperçut le roi Peter au loin. Elle allait enfin pouvoir les rencontrer, ces rois et reines qu'elle avait tant admiré. Le roi Peter était encore plus majestueux en vrai. Il avait l'étoffe d'un roi et dégageait un charisme particulier. Eryn avait aussi hâte de pouvoir échangé avec les reines Lucy et Susan, et le roi Edmund. Elle retombait en enfance, dans l'arbre du village. Elle se sentait fière d'être narnienne, fière d'être une fée. Et le sentiment qui couronnait cette sensation de béatitude, même s'il était mêlé à l'angoisse, c'était le fait de savoir que bientôt, Irwen et Beren se tiendraient devant elle.
« Suis-moi. » Le narnien la fit bifurquer à droite, jusqu'à une petite tente devant laquelle se tenait un jeune homme de haute stature. Ses cheveux blonds brillaient au soleil tandis qu'il nettoyait une épée avec vigueur. Eryn écarquilla les yeux. Elle l'avait immédiatement reconnu, bien qu'elle eut de mal à croire qu'il puisse être aussi grand et aussi fort. Beren était devenu un homme, et d'une certaine manière, cela brisa le cœur d'Eryn, qui l'avait quitté adolescent. Elle n'avait pas vu son frère grandir… Tremblante, elle remercia le Narnien et se dirigea vers son frère. Entendant les bruits de pas, ce dernier leva les yeux, qui s'écarquillèrent immédiatement. Il demeura interdit quelques secondes, comme paralysé, puis se mit à courir en direction de sa sœur. « Eryn ? » La jeune femme accéléra le pas, et lorsqu'ils se trouvèrent face à face, elle ressentit comme une explosion dans son ventre. Elle ne put retenir ses larmes. Beren l'attrapa par les épaules. « Eryn, c'est bien toi ? » Incapable de prononcer le moindre mot, la jolie fée se contenta de hocher la tête, et Beren la plaqua contre lui. Il la serrait si fort qu'elle eut presque mal, mais ce mal était absolument délicieux. Elle s'accrochait à son frère comme si elle eut craint qu'il ne disparaisse. Elle aurait voulu l'étreindre indéfiniment et ne jamais le lâcher. « Je croyais t'avoir perdu à jamais, chuchota le jeune homme. » Eryn le serra encore plus fort. Elle s'écarta légèrement, pour prendre le visage de son frère entre ses mains. « Plus jamais, Beren. Plus jamais aussi loin l'un de l'autre. Pitié. » Le fée hocha la tête en signe d'approbation, ses yeux étaient embrumés, ce qui touchait plus encore sa grande sœur. Ils souriaient bêtement, quand une voix s'éleva derrière eux. Une voix qu'Eryn reconnut immédiatement pour sa candeur et sa bienveillance. « Eryn. » Ce n'était pas une question, c'était une affirmation. Eryn croisa alors le regard d'Irwen. Et elle ne sut dire ce qui lui brisa le plus le cœur : ce sourire candide qui n'avait pas changé, cette bonté qui émanait de lui comme une force luminescente, ou bien ce regard et ce visage, qui, derrière la joie, laissait paraître les souffrances et les tourments. Mais qu'avait bien pu vivre Irwen pendant son absence ? « Irwen. » Elle se précipita vers son aîné et s'arrêta lorsqu'elle ne fut qu'à quelques centimètres de lui. Elle avait peur de le toucher. Peur qu'il ne soit qu'un mirage. Quand elle le voyait devant elle, elle savait qu'il était toute sa vie. Elle l'aimait ardemment. Plus qu'elle ne s'aimait elle-même. « Irwen, répéta-t-elle. » Son visage était maintenant recouvert de larmes. Elle lui tendit la main. Et comme un étrange souvenir du passé, il l'attrapa et la mena vers lui, tandis qu'Eryn enfouit sa tête dans son cou. « Je suis là Eryn. »
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MessageSujet: Re: Eryn ▬ I will never give up the fight   Ven 16 Déc - 12:47

A shadow in the dusk
Il est des choses que le temps ne peut cicatriser. Des blessures si profondes qu'elles se sont emparées de vous.
Threw shadows, to the edge of night, until the stars are all alight

La guerre était finie. Miraz était tombé, Caspian régnait à présent sur Narnia. La brume qui s'étendaient depuis des années s'était enfin dissipée pour laisser place à un soleil brillant. Les narniens avaient retrouvé leur liberté. Aslan était de retour. L'harmonie et l'équilibre se reconstruisaient au fil des jours. Bien sûr, certaines blessures demeuraient et demeureraient toujours ouvertes, néanmoins, la paix semblait un délicieux remède à ces maux de souffrance. Eryn fixait son épée avec intensité. En arrivant sur le camp narnien, elle avait choisi de prendre les armes. Un peu pour défendre son peuple, certes, mais surtout pour veiller sur Beren. Pourtant, elle se sentait un peu inutile. Beren était un homme à présent, il savait parfaitement se débrouiller seul, quant à Irwen… Étrangement, il avait visiblement trouvé ses marques parmi les narniens. L'homme était plus ouvert et accessible, si bien que parfois, la jeune femme restait bouche bée en le voyant discuter avec d'autres personnes. Il se montrait toujours aussi maladroit dans les relations sociales, néanmoins, il essayait d'arriver à quelque chose, et cela ravissait Eryn. Son cœur se remplissait de joie lorsqu'elle apercevait ses deux frères rire et échanger ensemble. Ils étaient plus proches et plus unis que jamais. Eryn imaginait bien quelle devait être la joie de Beren. Lui qui avait toujours voulu avoir un vrai frère, il l'avait enfin trouvé. Peut-être que l'étoile bleue n'apportait pas que du malheur. La fée n'en avait pas la certitude, mais elle se doutait que c'était ce moment qui avait été comme un électrochoc pour Irwen. Finalement, les Eiliniel avaient droit à leur bonheur. Bien qu'apprendre la mort du Nienna fut difficile pour les deux frères, cette nouvelle ne fit que resserrer leur lien et à présent, tout se passait pour le mieux. Le répit. Le repos. Tout se déroulait parfaitement pour Beren et Irwen. L'aîné était devenu le soigneur en chef des animaux royaux, quant au cadet, Caspian avait récompensé ses hauts faits militaires durant la guerre en le nommant général. Eryn était tellement fière de ses frères… Pourtant, dans ce nouveau bonheur naissant, la jeune femme percevait un malaise. Elle se sentait comme inutile, comme une pièce rattachée, qui, finalement n'avait pas sa place auprès du nouveau roi. Archenland lui manquait et elle avait le sentiment qu'elle n'avait pas encore accompli tout ce qu'elle avait à faire. Et puis bien sûr, il y avait sa mère. Leur mère. Eryn culpabilisait à l'idée de l'abandonner ainsi. Elle savait pertinemment qu'elle ne ressentirait la plénitude que lorsque tous les Eiliniel seraient réunis. Il lui fallait partir, reprendre la route. Après tout, peut-être que tel était son destin, être condamnée à errer sur les routes, en quête d'une utopie. Mais avait-elle réellement le choix ? Il y avait de très fortes chances pour que Melian ne soit plus de ce monde, mais tant qu'il y aurait de l'espoir, elle devait se battre pour cela. Cependant, elle savait également ce que cela signifiait. Elle devrait quitter ses frères, à nouveau. Elle ne pouvait les contraindre à la suivre, eux qui avaient reconstruit leur vie ici et qui étaient heureux. Elle n'était pas égoïste. Elle ferait toujours passer ses frères avant elle. Qu'importait la solitude. Qu'importaient les obstacles. Elle partirait seule et ne reviendrait que lorsqu'elle aurait retrouvé Melian.
Déterminée, elle réunit ses affaires puis tenta de retrouver ses frères. Elle refusait de quitter le campement sans leur dire au revoir. Ce départ était pour elle d'autant plus douloureux qu'il lui rappelait des souvenirs déchirants. Galaad. Elle n'avait jamais écrit à l'archenlandais. Elle n'avait osé. Par peur qu'il lui en veuille sans doute. Elle préférait emporter avec elle les souvenirs des bons moments. Elle fit quelques pas et vit au loin deux silhouettes familières. Ses frères étaient en train de discuter. Beren riait à pleine gorge, quant à Irwen, il affichait un large sourire franc. Qu'est-ce qu'elle pouvait aimer ce sourire. Qu'est-ce qu'elle pouvait aimer Irwen. La jeune femme inspira. Elle devait être forte. « Les garçons ! Les appela-t-elle. » Les deux frères se tournèrent en même temps. Ils avaient le regard amusé et firent un pas vers leur sœur. « Ma chère Eryn, sais-tu que notre grand frère fait ici des ravages. » Irwen secoua la tête et baissa les yeux, embarrassé. Il n'aimait pas que l'on parle de ce genre de sujet, cela le mettait encore mal à l'aise, d'autant plus qu'il savait bien qu'il ne parvenait pas à cacher ses sentiments. Surtout pas à sa sœur. Eryn avait toujours su lire en lui. Elle s'était toujours battue pour lui. Son phare au milieu de la tourmente. « Arrête Beren, tu dis n'importe quoi ! » Beren éclata de rire, tandis qu'un groupe de jeunes femmes passaient à coté de lui en chuchotant. Le cadet plaisait beaucoup à la gente féminine. Et cela n'était pas surprenant. Mais Irwen… Même si son visage était d'une beauté pure, il n'attirait pas vraiment l'oeil. Il était presque insignifiant aux yeux des femmes. Trop singulier. Trop inaccessible. Eryn arqua un sourcil. « L'un de vous deux m'explique ? » Beren se fit une joie de prendre la parole. « Notre frère fait tourner la tête d'une jeune soigneuse ! Figure toi qu'elle lui a donné de sac complet de plantes médicinales. » « Elle est juste gentille, elle sait que je les utilise pour soigner mes animaux, alors elle se rend utile, c'est tout. » Le cadet donna une tape sur l'épaule de son aîné, jovial. « Que tu es naïf ! Tu en penses quoi toi Eryn ? » Eryn bredouilla quelques mots avant de se taire. Elle n'arrivait pas à formuler une phrase cohérente. A vrai dire, elle était concentrée sur ce qu'elle s'apprêtait à dire. Mais elle n'eut pas le temps de commencer sa déclaration que déjà Beren s'avançait vers elle, posant une main sur son épaule. Il la dépassait maintenant d'une bonne tête, et ainsi devant elle, il était assez imposant. Difficile de dire qu'il s'agissait-là du cadet de la fratrie. Tout au contraire, on aurait pu aisément le penser comme l'aînée de Eiliniel. « Quelque chose ne va pas ? » Il percevait le malaise chez la jeune fée, lui qui était l'un des rares à parvenir à la déchirer. Il scruta sa sœur, et vit qu'elle tenait fermement un grand sac de voyage. Il fronça les sourcils. « Tu pars quelque part ? » La jeune femme se mordit la lèvre inférieure, hochant doucement la tête. « C'est justement pour ça que je venais vous voir. » Le visage de Beren fut traversé d'une ombre. Il savait comment fonctionnait sa sœur. Il connaissant son besoin maladif d'être partout. Elle ne pouvait vivre si elle n'avait pas un but  ou un objectif auquel se rattacher. Sauver Irwen après la mort de Feanor. Retrouver ses frères après le passage de l'étoile. Quel devait-être son dessein à présent ? Le jeune homme craignait d'entendre ce qu'elle allait leur dire. Irwen non plus n'était pas très rassuré. Il tendit l'oreille, l'air discret mais pourquoi très attentif. « Nous t'écoutons, déclara Beren. » Eryn ne savait pas vraiment comment formuler ses pensées, elle cherchait une manière qui ne heurte ni Irwen, ni Beren. Malgré ses nombreux progrès, Irwen demeurait fragile psychologiquement, quant à Beren, il avait le même caractère trempée que son aînée. Elle préféra rester le plus sobre possible. « Je pars chercher maman. » Irwen baissa les yeux tandis que Beren ne cacha pas sa surprise. « Pardon ? Tu es sérieuse ? » La jeune fée agita la tête. « Je ne peux pas continuer à vivre en sachant qu'une Eiliniel est quelque part dans la nature. » Beren fit claquer sa langue contre son palet. L'agacement transparaissait sur son visage. Sa sœur était incroyable. Pourquoi ne pouvait-elle pas se contenter du bonheur lorsqu'il était accessible ? Pourquoi courait-elle toujours après toujours plus ? Après une utopie. « Tu es incorrigible Eryn ! Tu as conscience qu'il y a plus de chances que maman soit morte que vivante ? Mais tu veux quand même te lancer dans une espèce de quête qui ne te mènera à rien. » Eryn secoua la tête. « Nous n'avons aucune certitude, il y a encore de l'espoir. » Le jeune homme demeurait assez sceptique. Eryn tenta de le convaincre, assez maladroitement. « Et de toute manière, je ne suis pas très utile sur le campement. » Le benjamin eut un rictus, il comprenait mieux où voulait en venir sa sœur. Cela le mit en colère. Il trouvait complètement idiot qu'Eryn le quitte pour une raison aussi idiote que le sentiment d'inutilité. Que cherchait-elle à prouver ? « C'est n'importe quoi Eryn, tu te rends compte que tu pars parce que tu te sens inutile ? Tu trouves que c'est une bonne excuse ? Visiblement pas, puisque tu prends maman comme prétexte. Tu te défiles mais tu cherches à nous montrer quoi, que tu es un héros ? Tu en as suffisamment fait. On s'en fiche que tu sois la sauveuse de tous les malheurs des Eiliniel, on veut simplement que tu sois là avec nous. » Eryn recevait les mots de son frère de plein fouet. Glacés comme une vague, tranchants comme une épée. Il l'avait percé à jour. Elle qui s'efforçait de masquer ses émotions et ses intentions… Beren avait tout compris d'elle. Elle tenta de se défendre malgré tout. « Ce n'est pas ça Beren ! Tu sais très bien que ce n'est pas ça. Je ne peux pas abandonner les miens. Comment pourrais-je me regarder dans un miroir en sachant que j'ai lâchement abandonné ma propre mère ? Je me suis fait une promesse il y a des années, j'ai juré que je protégerais les miens. » « Alors restes avec nous. » Eryn scruta son frère. « Je ne peux pas. » Beren croisa les bras sur sa poitrine, la mine renfrognée. Il disposait d'une autorité naturelle qui expliquait facilement pourquoi nombreux étaient les soldats qui lui obéissaient instinctivement. Cela était d'autant plus surprenant compte tenu son jeune âge. Il lui arrivait aussi d'user de ses ailes lors de combats, ce qui était assez impressionnant, surtout pour les simples humains. « Je suis contre ton départ. » Eryn s'indigna. Elle ne comprenait pas la réaction excessive de Beren. Elle se doutait que cela ne lui ferait pas plaisir, mais de là à s'opposer avec autant de force… « Ce n'est pas à toi de décider. Je refuse d'abandonner notre mère ! Comment peux-tu te montrer aussi égoïste ? » Beren écarquilla les yeux. Sa voix était montée d'un ton. « Égoïste ? Tu oses parler d'égoïsme ? C'est de l'égoïsme que de s'être battu pour son peuple et sa liberté au péril de sa vie ? C'est de l'égoïsme que de s'être occupé de notre frère pendant que tu avais disparu on ne sait où ? C'est de l'égoïsme que d'avoir été présent pour toi quand Irwen peinait à se remettre de la mort de papa ? Je ne pense pas que le mot soit vraiment adapté à la situation ! En revanche, on peut se poser la question avec toi. Partir comme ça pour se prouver à soi-même je ne sais quelle connerie ! Ce n'est pas de l'égoïsme ça ? Tu penses à nous ? Tu penses à Irwen ? On a souffert de ton absence, et maintenant tu veux encore nous quitter ? » Eryn ouvrit la bouche, interdite. Jamais Beren n'avait eu de mots aussi  violent à son égard. Elle avait mal au fond de son cœur. Beren la dévisageait avec colère. Elle sentait son regard inquisiteur braqué sur elle. Ce qui lui faisait le plus mal, c'était que d'une certaine manière, il n'avait pas tord. Elle n'avait pas été là pour ses frères avec le passage de l'étoile bleue. Elle s'était laissée entraînée dans une contrée qui n'était pas la sienne pour éponger sa culpabilité d'avoir laissé sa sœur mourir. Au lieu de tout faire pour retrouver Irwen et Beren. Eryn ne parvenait à trouver une réponse pour son frère. Que pouvait-elle dire à ça sans se montrer méchante et envenimer les choses ? Si elle avait été face à n'importe quel autre individu, elle aurait aisément trouvé une réplique cinglante et venimeuse mais face à son frère, elle préférait le mutisme. Ils étaient sa plus grande faiblesse. Le cadet planta ses prunelles dans celle de la jeune femme. « Réfléchis bien Eryn. Ne fais pas cette erreur. » Eryn secoua la tête, un regard désolé au visage. Elle attrapa son sac de voyage et le jeta sur son épaule. Elle était déterminée, malgré tout. « Mon choix est fait. » Elle s'apprêtait à tourner les talons quand elle sentit une main lui attrapait le poignet. Elle s'attendait à croiser le regard bleu de Beren, mais fut surprise d'apercevoir la mine naïve d'Irwen, resté silencieux jusque-là. « Ne pars pas Eryn. » Son visage suppliant brisa le cœur de la jolie fée. Elle aurait pu renoncer, elle hésita un moment. Irwen avait un pouvoir sur elle complètement inexplicable. Il était sa merveille. Elle lui attrapa la main. « Je suis désolée. Je reviendrais. » Elle lâcha son frère, lança un regard furtif à Beren qui se décomposait lentement, et se mit en route, quand la voix d'Irwen la retint. « Alors je pars avec toi. » La respiration d'Eryn se bloqua. Elle ignorait si elle était heureuse et soulagée, ou au contraire inquiète d'entendre ces quelques mots. Il fit volte-face et chercha le regard d'Irwen. Pour la première fois, en plus de cette bonté et de cette pureté, elle y vit une lueur plus intense. Plus profonde. Elle pouvait lire une certaine détermination. Beren, à coté, secouait la tête, ébahi. Il murmurait des « non ». Son monde s'effondrait doucement autour de lui. Il était en train de perdre sa sœur et ce frère qu'il commençait seulement à découvrir. Eryn s'avança vers Irwen, doucement, d'abord, puis plus vite. Elle l'attrapa et le serra avec force dans ses bras. Irwen… Irwen. L'aîné des trois frères déposa un baiser sur la joue de sa cadette et disparut en direction pour faire son bagage, laissant Beren et Eryn, seuls, face à face. Sur le visage du jeune homme transparaissait une détresse réelle et intense. « Ne fais pas ça Eryn. Ne t'en va pas. Et ne laisse pas Irwen partir avec toi. Je t'en supplie. C'est une erreur. » La jeune fée fit un pas vers son frère et attrapa sa tête qu'elle lui força à baisser pour que l'un regard ne fasse plus qu'un. « Je sais ce que je fais Beren. » Elle hésita puis lâcha le visage de son frère pour lui attraper la main. Ses paroles douloureuses résonnaient encore dans son esprit, mais elle préférait les interpréter comme un appel au secours. « Je t'aime Beren. Quoi qu'il advienne, je t'aime. Ne l'oublie pas. » Et sur ces quelques mots, elle tourna les talons et partit rejoindre Irwen, pour se préparer au grand départ.


Mist and shadows

« Si mon sens de l'orientation est juste, nous ne devrions arriver village dont nous a parlé le telmarin avant la nuit. » Eryn marchait d'un pas décidé. Cela faisait plusieurs semaines qu'Irwen et elle sillonnaient les différentes contrées en quête d'un indice pouvant les conduire jusqu'à leur mère. De fil en aiguille, leur enquête les avaient menés dans les montagnes, presque à la frontière avec Calormen, mais aussi à Telmar. Là-bas, ils y étaient restés un petit moment et avaient appris pas mal de choses sur le peuple telmarin. Un peuple qui laissait Eryn perplexe. Elle savait qu'il était capable du pire comme du meilleur. Elle se souvenait très bien de Caïn et de Caleb. La jeune fée prenait soin de noter toutes les informations qu'elle recevait dans un petit carnet de cuir. Elle avait toujours aimé les légendes et l'histoire de Narnia, mais maintenant que celle de Narnia et de Telmar étaient étroitement liées, elle s'intéressait également au peuple de Caspian. Elle avait ainsi appris qu'après la chute de Miraz, beaucoup de ses partisans s'étaient reconvertis en mercenaires et en pirates et avaient migré dans les Îles Solitaires et à Calormen. Mais tous n'étaient pas partis, la preuve en était  puisque la veille, elle et son frère s'étaient fait attaqués par des bandits de grands chemins qui leur avaient pris toutes leurs provisions, leurs plantes, et leurs cartes. Mais Eryn essayait de positiver. Elle ne voulait pas entacher le moral d'Irwen, qui semblait assez affaibli et fatigué. En soit, ce n'était pas surprenant car ils marchaient beaucoup et mangeaient peu. Mais Eryn était malgré tout surprise de la résistance et du courage dont faisait preuve son aîné. Contre les bandits de la veille, il s'était même battu à ses côtés pour leur empêcher de leur voler leur bien, en vain, certes. Quoi qu'il en était, Eryn savait pertinemment qu'il ne fallait pas se laisser aller à la plainte et à la lassitude. Ils parviendraient avant la nuit au village telmarin et pourraient ainsi faire le plein de provision. Et puis, ils avaient une piste, et cela n'était pas négligeable. La persévérance serait la clé de leur réussite.
Eryn marchait donc avec entrain, Irwen fermant la marche, lorsqu'elle entendit un bruit sourd dans son dos. Un bruit de chute. Elle se retourna avec vivacité et ne vit plus son frère. Une vague de panique l'envahit, plus encore, lorsqu'elle comprit que son frère était étendu au sol. Elle précipita vers ce dernier. « Irwen. » Le jeune homme gisait, face contre terre. Eryn s'agenouilla et lui prit le poul. Il respirait encore, mais très faiblement. Le cœur de la fée battait à tout rompre, elle ne comprenait pas ce qu'il se passait. Irwen avait-il fait un malheur à cause d'un manque de nourriture ? Avait-il contracté une maladie lors d'une des nuits fraîches ? Toute sorte d'hypothèses se confrontaient dans l'esprit d'Eryn, mais ce fut seulement lorsqu'elle retourna le corps inanimé de son frère pour le mettre dans une meilleur position qu'elle comprit. Son sang se glaça. Une immense tache rouge maculait sa chemise, cachée par son veston. Eryn n'avait rien vu. Depuis combien de temps saignait-il ainsi ? De toute évidence, il avait perdu beaucoup de sang, ce qui expliquait son malaise. Elle devait le soigner et vite. Malheureusement, elle n'avait rien de véritablement utile sous la main. Toutes leurs plantes avaient été volé par les brigands. Eryn commença par relever la chemise d'Irwen, pour voir la source de ce sang. Une plaie béante déchirait son ventre. Elle semblait infectée. L'aîné avait du être blessé au cours de l'affrontement avec les bandits. Et il ne lui avait rien dit. « Par Aslan, Irwen, pourquoi ? Murmura le jeune fée pour elle-même. » Il lui fallait nettoyer la plaie, mais surtout la désinfecter. Certaines plantes détenaient ce pouvoir. Mais il était fort peu probable d'en trouver dans cette partie du bois. Eryn embrassa les environs du regard. Elle repéra un plan d'achillée. Ce n'était la plante idéale pour ce type de blessure mais cela limiterait l'hémorragie et éviterait à la fièvre de montrer en cas d'infection. Il leur faudrait rejoindre le village telmarin au plus vite. Irwen n'était pas condamné, seulement, si Eryn n'agissait pas, il risquerait bientôt de l'être. Elle essaya de le soulever, en vain. Il était trop lourd pour elle. Elle devait attendre qu'il reprenne ses esprits et voir s'il était en mesure de se déplacer. En attendant, elle pouvait très bien essayer d'aller jusqu'au village, mais elle n'osait pas laisser son frère là, sans défense et sans vie. Son esprit réfléchissait à grande vitesse, tandis qu'elle tenta de se concentrer pour garder son calme. Paniquer ne mènerait à rien. Pourtant, elle ne parvenait à contrôler ce sentiment qui grandissait en elle doucement. L'impuissance. Elle avait l'horrible impression que son histoire avec Nienna était en train de se reproduire.
Soudain, un bruit attira son attention. Un bruit de sabot. Un chariot. Eryn se souvint que non loin de là, elle avait aperçu la grande route reliant le village à Cunta. Elle courut en direction de celle-ci. Si un voyage passait, il pourrait peut-être les aider. En quelques foulées, elle déboucha sur la grande route et vit au loin un chariot qui avança dans sa direction. Elle alla à sa rencontre. Elle se doutait que dans ses vêtements abîmés et salles, elle faisait pitié à voir, mais elle espérait que le voyageur la prendrait au sérieux. Elle n'avait pas le choix. Sans ça, Irwen risquait d'y passer. Sa blessure était déjà dans un sale état, il fallait la soigner au plus vite pour espérer le sauver. « My lord, excusez-moi. » Elle avait pris l'habitude à Archenland d'appeler tous les hommes my lord, et elle se demandait secrètement si cela ne les encourageait pas à se montrer plus courtois. Visiblement pas, car l'homme poursuivit sa route sans même prêter le moindre regard à la jeune fée. Agacée, d'autant plus que le sort d'Irwen était en jeu, elle se planta au milieu du chemin, forçant le cheval et le chariot à s'arrêter. L'homme qui était dessus, un homme grand et sec, maugréa. « Écarte toi de ma route ! » Il affichait un air méchant et aigri. Eryn avait déjà croisé ce genre de visage. Il s'agissait souvent de marchands avares qui venaient profiter du marché d'Anvard pour escroquer les pauvres archenlandais en leur vendant à des prix exorbitants des choses qui n'en valait même pas la moitié. Elle hésita. Elle n'aimait pas côtoyer ce genre d'individu. Pourtant, le désir de sauver Irwen était plus fort. « Je suis navrée. Navrée de vous importuner. Mais j'ai besoin de votre aide, c'est très important. » L'homme fronça les sourcils, visiblement intéressé. Au fond de lui, il se dit qu'il y avait peut-être une affaire à faire. Il savait qu'il était facile de s'enrichir sur le dos d'une personne inquiète, et de toute évidence, cette vagabonde l'était. Il lui lança un coup de menton qui signifiait à Eryn de poursuivre. « Mon frère est blessé, sans doute malade, j'ai besoin de l'amener jusqu'au village le plus proche, vous avez de la place dans votre chariot pour nous deux ? Nous nous ferons discrets et petits. » L'homme pouffa. Sa bouche se tordit en ce qui ressemblait à un sourire narquois. Cette fille était naïve, croyait-elle qu'il allait les aider ainsi, sous prétexte qu'ils se feraient discrets et petits ? Belle illusion. Il ne prendrait pas le risque de transporter un malade plein de bactérie dans son chariot sans en tirer un bénéfice. « Qu'as-tu à m'offrir en échange ? » Eryn demeura interdite. Elle n'avait pas l'habitude que l'on lui demande quoi que ce soit en échange d'une aide. Caleb, Galaad et le narnien qui l'avait guidé jusqu'au campement des Pevensie, lui avaient porté secours sans rien lui demander. Elle n'avait rien à offrir à cet homme, mais elle refusait de laisser son frère mourir à cause de cela. C'était injuste, tellement injuste. Elle s'interdisait à laisser cette idée grandir en elle. Elle sauverait Irwen. « Je… Je n'ai rien. Nous nous sommes fait dépouiller par des brigands hier, nous n'avons plus rien. Mais de grâce, si vous ne m'aidez pas, mon frère va mourir. » Le marchand éclata de rire. Eryn n'avait vu aussi peu de compassion et d'empathie sur un visage. Jamais. « Tu crois que cela me fait quoi que ce soit ? Pas de monnaie d'échange, pas de transport. Maintenant écarte toi. » L'homme ordonna à son cheval d'avancer, ce qui contraignit Eryn à s'écarter. La jeune femme n'en revenait pas. Il ne pouvait pas partir ainsi. « Non, non, je vous en pris, je vous en supplie... » Plus l'homme s'éloignait, plus elle criait. Sa voix se brisa tandis que les premières larmes apparurent au coin de ses yeux. Que faire à présent ? Que faire ? Elle grava le visage de cet homme dans sa mémoire. Jamais l'on ne s'était montré aussi égoïste et odieux. Il venait peut-être de condamner son frère en toute connaissance de cause, et sans le moindre scrupule. Eryn serra les poings pour retrouver son calme, et retourna auprès de son frère, en réfléchissant à une solution de secours.
En arrivant à l'endroit où elle avait laissé Irwen, elle fut surprise de le retrouver les yeux ouverts. De toute évidence, il s'était réveillé pendant son absence. Elle vint s'asseoir à ses côtés. Ses yeux étaient vitreux et son teint plus pâle encore que quand elle l'avait laissé. « Eryn, tu vas bien ? Je t'ai entendu crié... » Derrière la douleur, qui transparaissait sur son visage, on pouvait y lire une pointe d'inquiétude. « Ce n'est pas pour moi qu'il faut s'inquiéter. Irwen… Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu étais blessé, on aurait pu te soigner avant et... » « Je vais bien, la coupa-t-il. » Irwen lui attrapa la main pour la lui caresser, comme il aurait pu le faire à un animal en panique. L'aîné des Eiliniel faisait preuve d'une très grande maturité, ce qui contrastait avec son coté ingénu et naïf. Il semblait sur de lui, rassurant. Pour la première fois, il endossait véritablement le rôle de grand frère. Eryn était tout de même très inquiète. La plaie saignait encore malgré l'achillée. « Non, tu ne vas pas bien, il faut te conduire jusqu'au village pour te soigner. Tu peux te relever ? » Irwen hocha la tête et s'appuya sur le sol. Il posa un pied, puis l'autre et puisa dans ses réserves pour tenir debout. Malheureusement, à peine eut-il fait un pas, qu'il s'effondra. Eryn se précipita pour le rattraper et l'allonger, mais elle fut saisi par la température de son frère. La fièvre était montée malgré tout. Cela signifiait qu'il y avait infection. Et dans ce genre de cas, la seule infection qu'il pouvait y avoir, était une infection du sang. Une infection quasi impossible à soigner. Une infection mortelle. La jeune femme ouvrit la bouche. Ses yeux étaient embrumés. Elle commençait à comprendre que tout était peut-être déjà fini. « Par Aslan, tu es brûlant… » Le fée essaya d'esquisser un sourire, bien que son visage témoignait de la souffrance qu'il devait ressentir à ce moment-là. Irwen ne se plaignait jamais. Jamais. « Je vais bien… » Il prit la main de sa sœur. Irwen avait compris ce qui l'attendait. Il n'était pas dupe. Il avait soigné de nombreux animaux. Il savait bien qu'ils ne parviendraient pas au village suffisamment rapidement. Il déposa un baiser sur la main d'Eryn. « Retrouves maman et retourne auprès de Beren. Il a besoin de toi. » Eryn secoua la tête. Son cœur battait à tout rompre, elle eut presque l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine. Cela lui faisait presque mal. « Pourquoi tu dis ça ? On va la retrouver ensemble, et on retournera tous les trois auprès de Beren. » Irwen eut un sourire désolé. Il ne voulait pas causer de la peine à sa sœur. Surtout pas. Pourtant il la sentait, l'obscurité venant le cueillir doucement. Le repos éternel. Il était heureux de passer ses derniers instants avec sa sœur, avec celle qui avait toujours été là pour lui. Eryn quant à elle, ressentait son cœur se serrer, sa gorge se nouer. C'était comme si une main de fer était en train de lui broyer tout le corps. Irwen glissa une main dans les cheveux de sa sœur. « Je te remercie Eryn, je te remercie pour tout. Je t'ai aimé ardemment, et je t'aime encore plus que ma propre vie. » « Irwen… » Le jeune homme vint poser son doigt sur la bouche de sa sœur, pour lui intimer de se taire. Il sentait que la respiration de la jeune femme était saccadée. Il puisa dans ses derniers forces pour se redresser légèrement et déposer un doux baiser sur le front de sa sœur. Celle-ci éclata en larmes. Elle ne se rendait pas vraiment compte de ce qu'il se passait. Elle avait simplement le sentiment que les ténèbres l'entouraient et venaient l'avaler. Il ne pouvait pas mourir. Pas Irwen. Non, pas Irwen. « Ne pleures pas Eryn, c'est ton sourire que je veux emporter avec moi. » Il lui adressa un sourire honnête qui semblait laisser transparaître tous les bons souvenirs qu'ils avaient partagés. Eryn ne sut pourquoi ni comment, mais à travers ses larmes, elle réussit à esquisser un sourire, comme pour répondre à la dernière volonté de son frère. Celui-ci ferma alors les yeux, et son souffle se fit plus lent, jusqu'à s'arrêter. Définitivement. Les battements du cœur d'Eryn accélérèrent à nouveau, tous comme les vagues de sanglots qui la traversait. « Irwen, non, tu ne pars pas, tu restes avec moi. Irwen, s'il te plait. » La détresse se lisait sur son visage. Le monde autour d'elle s'effondrait doucement, et elle tombait avec. « Irwen, restes avec moi. Irwen, je t'en pris. Irwen…. Par pitié. Restes ici. Reviens. Irwen… pitié réveille toi. » Son corps tremblait et pendant de longues minutes, elle continua de balbutier ces quelques phrases, de prononcer son prénom, dans l'espoir qu'il se réveille en vain. Elle ne parvenait à réaliser ce qu'il était en train de se produire. Son frère. Son Irwen n'était plus. Elle ne le verrait plus rire. Plus sourire. Elle ne croiserait plus ce regard plein de candeur et de bonté. Il ne méritait pas ça. Il ne méritait tellement pas ça, lui qui faisait le bien autour de lui. « Non ! NON ! Hurla la jeune femme dans un éclair d'énergie. » Son visage était recouvert d'épaisses larmes salées. Elle tremblait, elle convulsait. Elle ne voyait plus autour d'elle, elle perdait l'esprit. Jamais elle n'avait eu aussi mal. Elle se tourna sur le coté et vomit la bile. Sa vie venait de lui être prise. Celui qui comptait le plus. Et encore une fois, c'était de sa faute. Elle n'avait pas su le sauver. Pire encore, c'était elle la cause de son décès. Si seulement elle avait écouté Beren…
Eryn ferma les yeux et vint blottir sa tête contre le cou encore chaud de son frère. Elle le serra comme pour retenir son âme, mais il était trop tard, elle le savait. Irwen n'était plus.



Cloud and fade

« Eryn,

Tu te doutes très certainement de l'émotion que j'ai pu ressentir lorsque j'ai reçu ta lettre. Parler de tristesse et de souffrance serait un euphémisme pour définir les sentiments qui m'ont alors traversés et qui me traversent encore. Mon chagrin est immense, que j'en perds déjà mes mots. Notre frère, notre Irwen n'est plus de ce monde. Crois-tu que cela n'est pas qu'un mauvais rêve ? Je l'espère tellement, mais je sais au fond de moi qu'il s'agit bien de la triste réalité. J'ignore si je parviendrais à faire le deuil de cette nouvelle perte, j'ai parfois la sensation que les Eiliniel ont été maudits… A vrai dire, je ne sais pas ce qui me permet de tenir. Peut-être mes amis narniens et la confiance que m'accorde Peter. Peut-être la rage qui brûle en moi depuis la lecture de ta missive.
Si tu savais comme je suis en colère…
Je t'avais prévenu Eryn, je t'avais mis en garde en te répétant que partir n'était pas une bonne idée. J'avais la certitude au fond de moi que c'était une erreur, une grave erreur. Je te l'ai répété, plusieurs fois. Mais tu n'en as fait qu'à ta tête comme toujours, et tu es partie. Avec Irwen. Comment as-tu pu te montrer aussi égoïste ? Comment as-tu pu être prête à sacrifier notre frère pour te prouver à toi-même que tu n'étais pas inutile et que tu pouvais sauver les Eiliniel. Pourtant, c'est toi qui est responsable de leur perte ! Rien de tout cela ne serait arrivé si tu avais su mettre de coté ton besoin maladif de reconnaissance. Rien. Que tu n'es pu sauvé Nienna, c'est une chose, je ne t'en ai jamais vraiment voulu pour ça, mais là… Là. Tu as tué notre frère. Ce ne sont pas les brigands, ni ce marchand, qui sont responsable de la mort d'Irwen, c'est toi et seulement toi. Tu l'as jeté dans la gueule du loup, alors que tout était parfait pour lui aux seins des narniens. Tu vois, c'est sans doute pour ça que je t'en veux le plus. Que tu m'aies enlevé ce frère que j'avais enfin trouvé est une chose, mais que tu es ainsi volé la vie du pauvre Irwen, je ne peux pas le cautionner. Il avait enfin trouvé un équilibre ici. Il parlait aux autres tout en s'occupant de ce qui lui tenait à cœur. Il se sentait bien et à sa place parmi les narniens. Il aura pu rencontrer quelqu'un. Fonder une famille. Rire, sourire, parler, rêver. Il avait le droit à tout ça. Et tu lui as enlevé. Il ne le méritait pas. Non. Et le pire dans tout ça, c'est que je suis persuadé que ta tristesse est encore une tristesse égoïste. Tu pleures car tu ne le reverras plus, et non car finalement, ses plus belles années lui ont été prises.
Je ne sais pas si je pourrais te pardonner un jour, Eryn. Je n'ai ni envie de te voir, ni envie de te parler. Reste sur les routes, seule. C'est ce que tu as toujours voulu. Maintenant je te rends ta liberté. Adieu.

Beren.


All shade fade

Le néant. L'obscurité. Eryn n'était plus de ce monde. Depuis la mort d'Irwen, elle errait telle une coquille vide à travers des terres désolées. Elle avait perdu toute notion de temps et d'espace. Elle ignorait où elle se trouvait, quel sentier elle prenait. Elle ne se rendit même compte que la neige recouvrait à présent tout Narnia. Ses pensées n'étaient que ténèbres, et elle se laissait souvent happer par celles-ci. Elle avait cessé de se battre après avoir lu la lettre de Beren. Finalement, elle avait tout perdu. Son père. Sa sœur. Son aîné. Et puis, indirectement, elle avait également perdu son cadet. Quant à sa mère, elle demeurait introuvable. Il fallait avouer qu'Eryn avait cessé de chercher. Irwen avait emporté avec lui toute la hargne que la jeune fée pouvait avoir. Elle lâchait prise, elle s'abandonnait aux ténèbres. N'est-ce pas cela le destin des Eiliniel, mourir ou sombrer dans le néant ? Ses pas la menèrent jusqu'à Archenland. Dans un élan de lucidité, peut-être, avait-elle décidé de retourner auprès de Galaad. Il l'avait sauvé une fois, qu'y avait-il à parier pour qu'il réitère le miracle ? Mais était-elle seulement sauvable ? En arrivant à Anvard, tous les bons souvenirs qu'elle avait pu vivre en ce murs lui parurent tellement insipides. Sa vie était fade sans son aîné. Elle ne possédait plus de but, plus rien ne la retenait. Pas même ses souvenirs. En arrivant chez Galaad, elle avait hésité avant de toquer à la porte. Lui aussi, elle l'avait abandonné. Égoïstement. Elle craignait qu'il ne veuille plus la revoir. Mais Eryn n'eut pas à attendre la réponse. Lorsqu'elle vit cette jeune femme sortir de chez le marchand, son cœur se serra. Alors elle avait véritablement tout perdu. Tout.
Eryn quitta immédiatement Archenland en battant des ailes. Elle vola, peut-être des heures, peut-être des jours. Et lorsqu'elle se posa sur la terre ferme, un nouveau souffle de vie l'attendait. Elle la vit au loin, cette silhouette qui avait hanté nombre de ses nuits. Ce fantôme du passé. Il avait toujours cette même expression machiavélique sur le visage. Aslan avait remis Caïn sur sa route. La jeune fée n'avait alors eu qu'un mot en tête. Vengeance. Ses pensées tourbillonnaient encore, mais elles tournaient toutes autour de cette idée fixe. Elle décida de l'observer et de le suivre un moment. Le telmarin était devenu mercenaire, très certainement après la chute de Miraz. Une profession qui lui sciait parfaitement bien. Elle attendit qu'il s'endorme, puis, se plaça au dessus de lui, le réveilla pour qu'il se souvienne de son visage, et l'étrangla avec force. Cette force, la jeune fée ignorait d'où elle lui venait, mais elle était bien là, cette rage. Elle sentit le corps perdre la vie sous ses doigts. Elle qui avait côtoyé la mort de près ne ressentit pourtant pas le moindre ressentiment. Bien au contraire, la sensation était grisante. Comme un bonne liqueur. Et c'est alors qu'elle comprit. Elle voulait les voir mort. Tous. Tout ceux qui s'en était pris à sa famille. Les brigands. Le marchand. Elle les tuerait. Qu'importe le temps qu'elle prendrait. Mais elle avait besoin d'un refuge, pour mettre en place son plan. Ses idées commençaient à s'éclaircir, elle recouvrait ses esprits, poussée par ce nouvel objectif qui lui donnait une raison de poursuivre le combat. Elle avait entendu de la bouche de Caïn, lorsqu'elle l'avait suivi, que Jadis était revenue et qu'il y avait là un commerce à mettre en place puisque de toute évidence, elle avait ordonné la capture de tous les esprits et créatures hybrides ou non humaines. Elle devait trouver un abri, se protéger de cette sorcière, pour pouvoir mettre en marche sa vengeance. Elle n'avait pas le choix. Le seul endroit sûr s'avérait être le campement narnien. Elle parvint à trouver quelqu'un pour l'y conduire – un narnien qu'elle avait rencontré avant qu'elle ne parte avec Irwen – mais elle savait ce qui l'entendait là-bas. Beren. Mais elle ne le croisa pas. Il refusait de la voir, et cela lui allait très bien. Elle savait que lorsqu'il la verra, il comprendrait ses desseins, et elle se doutait qu'il ne serait pas heureux de voir sa sœur uniquement animée par un désir de vengeance. Elle-même le savait, elle n'avait plus tout son esprit. Mais elle savait également comment le récupérer : tuer les responsables du malheur des Eiliniel. Après tout, elle avait fait une promesse.
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Eryn ▬ I will never give up the fight

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